• Natsu basho 2014 - 12ème journée (Juninichi-me)

    Hakuho n'est pas le patron pour rien...

    Même quand il ne paraît pas nécessairement au mieux de ses (énormes) moyens, Hakuho parvient à rester au-dessus de la mêlée. C’est la leçon du jour, durement apprise par Kisenosato qui cède une fois de plus au mental, alors qu’il pouvait tenir son destin entre ses mains. Certes, l’ozeki n’est pas encore hors-course pour faire tomber la malédiction qui courre depuis tant d’années sur les lutteurs nippons en quête d’un makuuchi yusho, mais il va lui falloir compter sur des circonstances très favorables pour forcer la décision. Cinq rikishi sont encore mathématiquement en course pour le titre, une lutte très ouverte à l’approche du week-end final.

    Kisenosato peut parfois se montrer particulièrement agaçant dans ses tactiques d’avant-combat. En particulier les matta à répétition, dont il sait abuser en particulier lors des grandes confrontations, telles que celle du jour face à Hakuho. Mais l’ozeki devrait comprendre que le dai-yokozuna qu’il a en face de lui, même s’il est apparu moins impressionnant depuis le début du basho, nb’est pas un lapin de six semaines, et que ces manœuvres ne sont pas nécessairement préjudiciables à celui qu’on croit. Hakuho, lui, sait qu’au vu de la forme, en particulier du foncier montré par l’ozeki, il doit surtout éviter de figer le combat et d’imprimer du mouvement (chose qui ne lui ets pas forcément la plus naturelle). Il n’en a finalement pas vraiment besoin, Kisenosato ayant totalement perdu sa concentration dans l’affaire et marque une hésitation qui lui vaut un fatal quart de seconde de temps de réaction au tachiai, alors que Hakuho est lui au niveau de Harumafuji sur ce combat, fulgurant. Le bras droit en opposition, un tsuppari du gauche pour décontenancer, et il va au contact de l’ozeki, en lui bloquant les bras dans le mouvement. Une poussée des cuisses plus tard, l’affaire est faite. Le vrai potentiel de Hakuho n’est à mon sens pas apparu dans son combat (si ce n’est dans le tachiai), c’est plutôt la capacité de Kisenosato à se faire du mal tout seul qui aura crevé les yeux de tout le monde. Il manque, encore et toujours, aux rikishi nippons cette capacité à être décisifs au moment opportun. Combien de temps cela va-t-il encore durer ?


    Une fois de plus, si près, si loin…


    Qui trop embrasse, mal étreint…


    Décidément revenu dans la partie malgré ses deux revers précoces dans le basho, Harumafuji dispose, au terme d’un combat maîtrisé quasiment de bout en bout où son adversaire aura montré ses limites en termes de puissance, de l’ozeki Kotoshogiku, dont le kadoban paraît désormais inéluctable, celui-ci devant disposer de Hakuho demain et ensuite des deux sekiwake… Harumafuji, lui, montre un visage très intéressant en vue du money time.


    Et si c’était lui, le favori ?


    Victoire de prestige méritée pour Goeido au terme d’un concours de violence assez inhabituel de la part de Kakuryu, le yokozuna payant sans doute au final son peu d’accoutumance à ce style de confrontation. Victoire vous avez dit ? Pas tout à fait, car à la surprise générale et sur une occurrence rarissime mais tout à fait conforme aux règles, Hakuho, assis sur le côté du dohyo, réclame comme il en a la possibilité un mono-ii pour tirage de mage de la part du sekiwake. Au visionnage, les doigts de Goeido se retrouvent effectivement dans le mage de Kakuryu, mais alors même que le yokozuna est en train de choir. Cela suffit toutefois au shimpan pour déclarer un hansoku fatal aux derniers espoirs d’ozeki-run de Goeido. Les conspirationnistes en seront pour leurs frais sur une coalition anti-mongole… ou gloseront sur une vengeance à peu de frais du yokozuna après sa nette défaite aux mains du sekiwake hier…


    La faute est là, mais Kakuryu est déjà en train de chuter. Esprit ou règle ?...


    « Msieu, Msieu ! »


    Enfin, Ikioi n’en finit plus d’impressionner sur ce basho. Nullement démobilisé par sa défaite face à Kisenosato hier, le futur sanyaku (et titulaire de sansho, on peut le conjecturer) se montre solide et opportuniste face à Shohozan, qui lui comme souvent confond hargne et précipitation. Ikioi en profite sur hatakikomi après avoir bloqué le bras de son adversaire et décroche un score à deux chiffres, avec trois journées encore à disputer. Le maegashira est toujours en course pour le yusho. Son combat face à Aoiyama demain ne devrait pas manquer de sel.


    En route vers les sanyaku.


    Takekaze a la mauvaise idée de tenter une henka sur Tochiozan. Non pas que ce soit voué à l’échec avec le sekiwake, mais réalisée aussi mal, les chances de se planter sont considérablement accrues. Takekaze ayant perdu toute vitesse avant dans cette vaine tentative, Tochiozan n’a aucun mal à finir rapidement en oshidashi pour se rapprocher un peu plus d’un kachi-koshi mérité. Premier succès enfin pour Takarafuji au terme d’une bataille de bras assez léthargique face au komusubi Chiyootori, qui semble avoir fait le plus dur avec les deux bras sur le mawashi adverse, mais veut en plus le morozachi intérieur et tente un makikae imprudent bien exploité par Takarafuji, qui évite du coup d’être Fanny. Auteur d’un très correct basho à un rang sanyaku atteint pour le moins tardivement, Yoshikaze aura connu des combats plus impressionnants que sa défaite du jour, balayé par le joueur de poker Aminishiki qui y va franco, infligeant un make-koshi assez attendu au komusubi, qu’on saluera toutefois pour son état d’esprit. Superbe basho d’Aoiyama, tout près de retrouver les rangs sanyaku avec une victoire intelligente, le Bulgare employant à merveille ses longs bras pour tenir Toyonoshima à distance. Il lui suffit alors de garder une assise stable et sa puissance supérieure fait le reste. Toyonoshima sent-il le poids des ans ? Combat assez surprenant de Kaisei, lutteur assez posé, qui résiste et soutient les assauts tempétueux de Chiyotairyu en oshi, avant de trouver l’ouverture dans le mawashi adverse. La puissance et l’assise du Brésilien sont alors fatales au lutteur de la Kokonoe, dernier d’une série noire pour la heya ce jour. Kaisei réalise lui un honnête basho, ce troisième succès de suite lui permettant d’équilibrer sa fiche. Masunoyama se rue comme un mort de faim sur Kyokutenho qui, en homme d’expérience qu’il est, conserve son calme dans la tempête et contre-attaque au mawashi contre un adversairer alors vidé de son jus. Le vétéran adoucit son sort en infligeant le make-koshi à son adversaire. Kachi-koshi de prestige pour Osunaarashi, qui se permet de mettre quasiment K.O. (d’un coup de coude suivi comme son ombre par un tsuppari de mule) le chouchou des foules Endo, trop irrégulier ce basho pour être à considérer comme un lutteur compétitf pour le très haut niveau. Osunaarashi m’impressionne par sa capacité à compenser certaines déficiences criantes par un physique et une hargne de granit. Il en faudra plus une fois arrivé au contact des joi, toutefois.


    Quelle mule, quand même…


    Agoni de tsuppari par Tamawashi, Kitataiki résiste à la grêle de coups pour un oshidashi synonyme de kachi-koshi. Direct et puissant, Toyohibiki expulse sur oshidashi Tokushoryu qui concède ainsi le make-koshi. Décevant jusque-là, Myogiryu équilibre sa fiche contre Kyokushuho, dans un combat qui aurait du se finir trois secondes avant sa conclusion, le Mongol ayant empiété au-delà de la ligne en reculant sous l’impact. Etrange absence des shimpan sur ce coup. Takayasu, lui, n’en finit pas non plus de décevoir, et sa défaite du jour, nette, contre Homasho pourtant pas survolté, ne va pas arranger les choses. Dominé en puissance par Takanoiwa qui le repousse à la corde, Okinoumi se défait du Mongol à l’expérience en pivotant, profitant d’un enthousiasme trop prononcé de son adversaire. Kubinage au final, et Okinoumi évite le make-koshi en infligeant un dixième revers à Takanoiwa, qui retournera en juryo.



    Plus puissant que Tokitenku, Terunofuji domine le combat de bout en bout avec une extérieure gauche qu’il manque de convertir en uwatenage avant de finir le travail sur yorikiri. Sans prise de mawashi contre le morozachi de Sokokurai, Tochinowaka use à merveille de son gabarit, les bras collés à l’adversaire, pour sortir le Mongol sur yorikiri au final. En position de mae-mawashi, la main sur l’avant de Chiyomaru, le Mongol Arawashi résiste à une grosse poussée de Chiyomaru qui, manquant ensuite la cible, voit son adversaire lui passer dans le dos pour un okuritaoshi embarrassant. Arawashi n’est plus qu’à un succès du maintien assuré en division reine. Sadanoumi est plus relâché depuis son kachi-koshi. Trop, sans doute. Jokoryu, plus motivé et la main solidement agrippée sur le mawashi, l’emporte dans un net yorikiri pour décrocher son propre kachi-koshi. Un petit tour du dohyo en touriste et Gagamaru promène Papy Wakanosato vers la sortie, sans forcer. Le vétéran a beau avoir retrouvé une seconde jeunesse ce basho, il n’y arrive toujours pas face à l’hippopotame du Caucase. Wakanosato devrait toutefois sauf catastrophe retrouver la makuuchi dans deux mois.

    Surprises en juryo où Seiro, en tête du basho, cède nettement face à Kotoyuki, et voit son adversaire du jour le rejoindre en tête, avec Azumaryu, qui blinde face à Homarefuji son retour en makuuchi. Wakanoshima assure définitivement sa promotion en juryo aux dépens de Takanoyama, qui fait une fois de plus le yoyo vers les makushita. Les combats décisifs pour les divisions toriteki auront lieu demain, Tochinoshin étant largement favori face à Akua en makushita, Daishoiwa devant battre Wakanofuji et voir le résultat de Tokiarashi face à son adversaire Kiriashi pour savoir si un kettei-sen est nécessaire en sandanme. En jonidan, le choc du titre sera pour Abiko face à Kaisho, Nago-Shodai étant la dernière affiche en jonokuchi.

    Sur le plan des promotions :

    Sanyaku : Dans l’attente des kachi-koshi possibles (sinon probables) de Goeido et Tochiozan, deux places au moins se libèrent avec les deux komusubi Yoshikaze et Chiyootori, déjà make-koshi. Ikioi et Aoiyama sont les mieux placés pour ces deux positions.

    Makuuchi/Juryo : Chiyonokuni libère un poste en makuuchi, tandis que Takanoiwa et Masunoyama n’ont plus de jokers, et que Tokitenku n’a plus qu’un droit à l’erreur. Pour la montée, Azumaryu prend le poste de Chiyonokuni, Sotairyu, Wakanosato, Kagamio et Tamaasuka conservant leurs chances de montée.

    Juryo/Makushita : Daikiho et Takanoiwa descendent, Yoshiazuma, Sakigake, Wakakoyu et Higonojo n’étant pas encore à l’abri. Wakanoshima est le seul lutteur à avoir assuré sa montée, le sort de Daieisho étant en suspens du fait du zensho que réalise pour l’heure Tochinoshin. Tochihiryu, Kyokutaisei et Kizenryu ne sont pas encore éliminés.