• Kyushu basho 2013 – 10ème journée (Toka-me)

    Les loups de Mongolie

    Après avoir fait le vide autour d'eux, les deux yokozuna continuent de dérouler leur sumo de mâles alpha, croquant vif tous les agneaux qui passent devant leurs museaux. Mais il ne peut y avoir qu'un seul dominant dans une meute et tout le monde attend donc fébrilement leur confrontation, qui s'annonce déjà explosive, lors du senshuraku. Aujourd'hui, Hakuho a dévoré tout cru le malheureux Tochinowaka, repoussé d'une seule main griffue au sol comme s'il s'agissait d'un steak jeté sur la poêle (rappelons que Tochinowaka pèse tout de même un bon 170 kg). Montrant les crocs, Harumafuji n'a quant à lui laissé aucune chance au bétail de Bulgarie. Aoiyama s'est précipité sur le yokozuna qui a ouvert grand la porte pour l'aider à plonger d'un coup de patte au mawashi. Pourquoi se fatiguer quand les proies s'offrent ainsi ?



    Kakuryu et Tochiozan se sont battus comme des chiffonniers à grands coups de baffes et de déséquilibres qui auraient pu tourner à l'avantage de l'un comme de l'autre à tout moment. Meilleur dans ce genre de situation, Kakuryu a profité du chaos pour repousser le sekiwake hors des limites. Faisant preuve d'une vraie sérénité depuis quelques basho, Kisenosato a négocié le virage Shohozan avec calme, étouffant progressivement son adversaire au corps à corps pour l'amener hors du dohyo naturellement, sans geste excessif. Goeido s'est trouvé une nouvelle spécialité : s'enrouler autour du cou de son adversaire pour le faire chuter. Contre Takekaze, bien parti pour l'expulser, le sekiwake a donc tout naturellement mis le bras autour de son cou et a alors tenté de le retourner. Il y est arrivé mais tellement difficilement que les juges ont estimé qu'il était tombé en premier. Malgré son excellent tachi-ai, Myogiryu s'est retrouvé stoppé net puis repoussé inexorablement vers la sortie par Okinoumi.

    Kyokutenho a bien tenté de se soustraire à la poussée d'Aminishiki pour le laisser s'écrouler, mais c'était peine perdue. Le Japonais a chancelé mais est resté sur ses pieds et repoussé le vétéran Mongol sans problème. Toyonoshima a toujours eu un temps d'avance sur Homasho et c'est donc tout naturellement lui qui a pris le dessus, sur yorikiri. Surpris puis bloqué par Takayasu, Endo a fait preuve d'une grande maîtrise en reprenant progressivement le dessus, conquérant petit à petit une bonne prise de mawashi qu'il a converti en projection imparable. Après s'être blotti contre son épaule, Takarafuji a parfaitement bloqué Kaisei. Par contre, il a été contraint de patienter un long moment avant de trouver une ouverture mais comme au final il a repoussé le Brésilien, tout va bien.

    Ikioi a bravé stoïquement les coups de Fujiazuma tout en ne perdant jamais de vue son but ultime : le repousser hors du dohyo. Kitataiki n'a pas réussi à intimider Chiyotairyu avec son faux-départ. Au contraire, le pensionnaire de la Kokonoe est apparu surmotivé et ses poussées incisives ont eu raison de Kitataiki. Avec cette victoire, il conquiert son kachi-koshi et se retrouve deuxième en compagnie des deux ozeki restants. Sans doute fatigué qu'on lui fasse le coup, Toyohibiki a été celui qui recule aujourd'hui devant Jokoryu. Il a fallu insister mais cela a payé avec la mise à terre de Jokoryu obligé au grand écart pour l'occasion (pas besoin de deux camions suédois pour ça). Tranchant dans son attaque, Yoshikaze a tout de suite repoussé Tenkaiho, complètement dépassé. Osunaarashi a très bien démarré en repoussant Sadanofuji avec autorité au bord de la tawara lorsque ce dernier a renversé la vapeur avec force pour le repousser sans mal. La makuuchi est décidément bien différente de la juryo...

    Particulièrement agressif dans ses poussées, Shotenro n'a fait qu'une bouchée de Tokitenku. Après un premier combat dynamique qui a vu Gagamaru sortir en même temps que Tamawashi s'écroulait, les juges ont décidé d'une nouvelle confrontation. Là encore, la dépense d'énergie des deux côtés a été conséquente même si Tamawashi, plus habile techniquement, a mené la danse. Au final, en contraignant Gagamaru au corps à corps, le Mongol s'est assuré une victoire nette sur le Géorgien. Même s'il ne le fait sans doute pas exprès, Tokushoryu semble s'être fait une spécialité de blesser ses adversaires à la jambe si on en juge par le boitillement de Masunoyama à l'issue de son combat contre lui. Son mouvement n'a pourtant pas semblé particulièrement destructeur. Il n'a fait que l'amener d'une main ferme hors des limites après un évitement raté de Masunoyama. Voyant Tamaasuka attaquer en se mettant en danger, Kyokushuho n'a pas insisté et a tout de suite pris l'option de reculer pour le laisser tomber.

    En juryo, avec la défaite de Chiyomaru qui s'est maladroitement écroulé devant l'esquive de Wakakoyu, on assiste à un nouveau regroupement général. Satoyama et Chiyootori l'ont rejoint aujourd'hui en tête et décrochent par la même occasion leur kachi koshi. Satoyama a su rester compact devant Sokokurai (au bord du make koshi) et l'a retourné d'un seul coup avant de le repousser tranquillement dans le dos. Chiyootori a fait son costaud en repoussant le très lourd Akiseyama. Chiyoo aurait pu rejoindre ses deux collègues de la Kokonoe en tête s'il n'était tombé sur un os du nom de Terunofuji. La nouvelle petite merveille mongole, qui a conquis le dernier juryo yusho à la surprise générale, a mis une pression d'enfer sur les bras de Chiyoo qui n'a pu empêcher son expulsion. Après leurs faux pas de la veille, Asahisho et Sotairyu se sont repris aujourd'hui et restent ainsi à une petite longueur des leaders. Asahisho n'a pas hésité à reculer pour laisser choir le grand Yoshiazuma tandis que Sotairyu a repoussé Oiwato sans difficulté. Outre Tochinoshin, qui a déclaré forfait sur ce tournoi, Kotomisen, avec ses neuf défaites en tant que juryo 12, est le deuxième rikishi assuré de redescendre en makushita. Tanzo, au bord du make koshi, devrait les rejoindre en toute logique. Wakakoyu, malgré sa victoire opportuniste contre Chiyomaru, semble aussi en danger, contrairement à l'autre vétéran Wakanosato qui a fait rouler Takanoiwa avec un uwatenage de belle facture.

    En makushita, Tosayutaka, qui semble en avoir fini avec les problèmes et qui a dominé nettement Nogami, est toujours invaincu. Il est incontestablement l'un des favoris, surtout qu'en tant de Makushita 48, son tableau est relativement tranquille (pour un ancien pilier des divisions salariées, s'entend). En sandanme, aucun leader ne se détache vraiment. Hochiyama est certes un ancien maegashira mais Shineiyama, qui a passé plus de temps à l'infirmerie que sur un dohyo, semble un adversaire redoutable lorsqu'il est en forme. N'oublions pas Karatsuumi qui a déjà connu le yusho dans cette division. En jonidan, Keitenkai, qui a dégringolé à la suite d'une blessure juste après son accession en juryo, est le grand favori. Enfin, en jonokuchi, le yusho se jouera certainement entre les deux pensionnaires de la Sadogatake Kotoninsei et Kotonoshima faute d'opposition valable.