• Kyushu Basho 2012 - 15e journée (senshuraku)

    Retour vers le futur

    Quelle paradoxale manière de conclure l'année 2012 ! Voilà une année folle qui a vu la promotion d'un nouveau yokozuna, l'arrivée d'une prometteuse jeunesse et quatre différents vainqueurs en six tournois, dont l'improbable (quoique fort respectable) Kyokutenho. Et en guise d'apothéose, les spectateurs de Fukuoka n'ont eu droit qu'à un mauvais remake du pire de la fin des années 2000. Qu'on en juge : des kachi-koshi obtenus au senshuraku sans grande opposition, des ôzekis (et désormais un yokozuna) particulièrement décevants (aucun d'entre eux ne dépasse les dix victoires), dont un rétrogradé en janvier prochain pour cause de blessure. Et une victoire finale, décidée dès la veille, du grand yokozuna Hakuho. Le Mongol empoche là son 23ème yusho, décrochant irrémédiablement le grand Takanohana II au panthéon du sumo.
    Vainqueur du tournoi dès samedi, Hakuho ne veut pas ternir son nouveau titre d'une défaite au senshuraku, qui plus est face à son nouvel alter ego, Harumafuji. Pourtant, le shin-yokozuna déclenche un tachi-ai hallucinant de vivacité. La dai-yokozuna a à peine le temps de se redresser, mais use de toute son expérience et de son sang-froid pour étouffer les initiatives de son rival, avant de trouver une prise intérieure gauche prometteuse. Après avoir repris son souffle, Hakuho déclenche un shitatenage imparable qui envoie Harumafuji au sol. C'est qui le patron ?


    C'est moi !

    Du côté des ozekis, les résultats sont mitigés. Kotoshogiku et Kotooshu se sont certes sortis de leur inconfortable kadoban, mais avec des scores bien médiocres. Opposé ce jour à Goeido, Kotoshogiku ne parvient pas à faire parler sa puissance habituelle, et doit de contenter de priver son adversaire de prise sur son mawashi. Effort bien vain : le prodige japonais décoche un tsukiotoshi qui envoie l'ozeki sur l'argile. Goeido empoche sa onzième victoire du tournoi, et un prix de la technique fort mérité. Kotooshu a certes battu Toyohibiki, mais avec une suffisance qui aurait pu lui coûter le combat. Le Bulgare trouve rapidement une prise intérieure gauche, mais néglige de placer sa main droite, de sorte que le taureau japonais place un contre qui jette les deux hommes à terre. La victoire est attribuée à l'ozeki, de justesse (sur yorikiri). Kakuryu et Kisenosato se sont livrés un combat haletant, se neutralisant au centre du dohyo avec chacun une main extérieure sur le mawashi de l'autre. Lorsque Kakuryu fait l'erreur de vouloir changer de prise, il offre une ouverture à Kisenosato, qui le repousse sur toute la largeur du dohyo. La victoire semble s'offrir au Japonais, lorsque le Mongol contre d'un miraculeux tsukiotoshi.

    Pus tôt dans la journée, Myogiryu s'était débarrassé de Kyokutenho d'une manière un peu analogue, lorsqu'acculé à la tawara, il contrait d'un sukuinage victorieux (ressemblant à s'y méprendre à un utchari). Les autres révélations de l'année 2012 poursuivent leur apprentissage du haut niveau, parfois douloureusement. Emporté par son élan au tachi-ai, Masunoyama offre une victoire facile à Aminishiki (oshidashi). Daido l'emporte sur Homasho, malgré les ruses déployées par l'Indien pour l'empêcher d'accéder à son mawashi (tsukiotoshi). Les deux rendent une carte médiocre (5/10). Shohozan, lui, conclut par une nouvelle victoire son superbe tournoi. Aran semble le déséquilibrer d'une efficace tentative d'hatakikomi, mais le Japonais retrouve miraculeusement son équilibre pour pousser violemment le Russe dans le public (oshidashi). Avec les ginboshi obtenues contre Kotooshu, Baruto et Kisenosato, le Japonais empoche son premier prix de la combativité, et sera propulsé en sanyaku en janvier prochain. Quant à la fusée du banzuke, Jokoryu, il confirme son premier make-koshi en carrière (!) d'une défaite qui montre son manque d'expérience à ce niveau. Son allonge semble lui donner un avantage décisif sur Takekaze, qu'il pousse à grands moulinets de bras, mais sans conclure, de sorte que le petit Japonais lui échappe et s'offre une position idéale pour le contrer (oshidashi).

    Chez les plus expérimentés, l'ancien ozeki Miyabiyama continue sa chute dans le banzuke, avec une nouvelle défaite. Etranglant Tokitenku d'un efficace nodowa, il pense pouvoir conclure rapidement, mais s'approche trop de son adversaire, jusqu'à lui offrir une prise immédiatement exploitée (shitatenage). Encore un tournoi comme celui-ci (5/10), et Miyabiyama ira rejoindre la division juryo... ou plus vraisemblablement la retraite.

    Les deux lutteurs qui étaient à 7-7 ont décroché leur kachi-koshi (trop ?) facilement, face à des adversaires déjà sauvés. Kitataiki domine un Gagamaru particulièrement amorphe (yorikiri). Yoshikaze ne pensait pas devoir s'employer jusqu'au senshuraku après sa première semaine virevoltante. Il se tire d'affaire par la grâce d'un oshizumo décidé, et d'une belle gifle qui envoie Wakanosato rouler sur l'argile.

    On notera également la victoire de Toyonoshima sur Tochiozan (oshidashi) - les deux lutteurs étant à créditer d'un excellent tournoi, le second rejoingant la sanyaku en janvier prochain - la victoire de Kaisei sur Shotenro (yorikiri), de Tochinoshin sur Tochiazuma (yorikiri), de Tamawashi sur Takayasu (oshitaoshi), de Fujiazuma sur Asahisho (tsukidashi), de Kotoyuki sur Wakakoyu (oshitaoshi) et de Daikiho sur Chiyonokuni (oshidashi).

    En juryo, les banzuke-makers ont eu la bonne idée d'opposer les deux leaders lors du senshuraku. Sadanofuji use Tochinowaka tout au long du combat, bloquant les biceps de son adversaire et le repoussant sans coup férir (oshidashi). Il remporte ainsi le juryo-yusho.