• Nagoya basho 2009 : septième journée (nanoka-me)

    Ne pas craquer



    Alors que la première semaine est sur le point de s’achever, la pression monte en tête du tournoi. Confronté à un Kisenosato flamboyant et très motivé, Hakuho est celui qui avait le combat le plus difficile, a priori. Il l’a donc abordé avec sérieux. Vif comme l’éclair au tachi-ai, le yokozuna a toujours eu un temps d’avance sur Kisenosato qui a subi comme il a pu mais a dû rendre les armes face à la maestria du maître.

    Les deux autres lutteurs invaincus ont fait en sorte de le rester. Lancé dans un duel de poussée, le yokozuna Asashoryu a épuré son sumo au maximum en se détournant tout simplement de l’attaque d’Iwakiyama, bien trop déséquilibré et qui est allé s’écrouler lourdement sur le sol. Kotooshu a continué sur sa lancée en disposant de Kyokutenho après une lutte difficile mais tout en maîtrise où il a fait étalage de sa puissance. Qui sera le premier à craquer ? Désireux de se racheter de son faux-pas de la sixième journée, Kotomitsuki ne s’est pas précipité face à Goeido. L’ozeki a ainsi pris le temps de bien analyser la situation sans paniquer face aux attaques de son adversaire qu’il a fini par expulser avec autorité.

    Harumafuji n’a eu aucune pitié pour son compatriote Kakuryu en le pourchassant sur tout le dohyo. Chiyotaikai n’a pas éprouvé de difficultés particulières pour venir à bout d’Aran. Tout en maîtrise, Kaio a donné une petite leçon à Toyohibiki en lui faisant goûter à l’argile du dohyo. Ce dernier est toujours sans victoire.

    Toyonoshima est passé près de battre sa bête noire, Baruto, en le projetant à terre mais l’Estonien a magnifiquement résisté. Le Japonais n’a ensuite que retardé l’échéance, inéluctable tant la différence de puissance semblait patente (et Toyonoshima en petite forme). Baruto reste ainsi un sérieux prétendant au yusho à une longueur de la tête.
    Homasho et Tokitenku n’avait qu’une défaite avant cette septième journée. Le Mongol est le seul à ne pas avoir aggravé son cas en plaçant un astucieux Hatakikomi sur son adversaire au bord de la tawara. Décidemment, pour le moment, tout sourit à Tokitenku. Excellente prestation d’Aminishiki également. Très à l’aise, le compagnon de heya d’Harumafuji est allé glaner un sixième succès face au rugeux Bushuyama.Tamanoshima a un début de tournoi presque aussi bon. En tout cas, il est venu à bout de Kakizoe de manière très classique, en le laissant tomber. On peut encore faire de bonne soupes dans de vieux pots.

    Plein de vitalité, Takamisakari n’a fait qu’une bouchée de Tochinoshin de la même manière qu’il avait avalé Toyonoshima tout cru la veille. Bien qu’un peu fébrile, Miyabiyama a réussi à obtenir un succès probant sur Kokkai moins aggressif que de coutume.

    Mal en point, Tochiozan est toujours vierge de victoire après sa défaite exprès face au rouleau compresseur de Kotoshogiku.

    Plus loin des hautes sphères, la lutte a été tout aussi féroce. Yoshikaze a ainsi abandonné son style percutant pour s’emparer du mawashi de Wakakoyu qu’il a expulsé avec aplomb. Asasekiryu a réussit à déborder la défense de fer de Tosayutaka pour le renverser dans la foule. Pour son retour en makuuchi, Kasugao s’accroche avec une victoire face à Tamawashi. Rien ne va plus en revanche pour Dejima. L’ancien ozeki a pourtant fait reculer le colossal Yamamotoyama avec sa charge de bison mais ce dernier a eu le temps de placer un superbe Kotenage avant de s’écrouler. Les temps sont durs pour les anciennes gloires...

    Le sukuinage de Tochinonada sur Shimotori a été implacable. Takekaze n’a pas laissé trainer les choses face à Futeno et l’a laissé choir. Le combat entre Shotenro et Mokonami, deux Mongols, a été très accroché et ce n’est qu’après un dur labeur que Shotenro, transfiguré depuis un an, l’a emporté à force de hargne.



    En juryo, la lutte fait rage entre les divers protagonistes sans désigner de favori clair pour l’instant. On peut néanmoins souligner les excellentes prestations des deux vétérans Wakanosato et Hokutoriki qui ont chacun gagné leur combat respectif (avec la manière), ce qui leur permet de conserver la tête devant Daishoumi, Kitataiki, Kimurayama et Tamaasuka . Certains autres lutteurs sont déjà plus en difficulté. C’est le cas notamment de Kitazakura qui, après être revenu dans la division avec ses tripes, connait de sérieuses difficultés. Son courage et sa persévérance suffiront-ils ? Chiyohakuho, qui combat pratiquement sur une jambe, est lui aussi au plus mal et se bat surtout pour limiter les dégâts car le make-koshi parait inévitable.


    Pour les divisions Minarai, la parole est à Toonoryu aux analyses toujours aussi tranchantes :


    « Peu d’enjeux en tête de la course au yusho jonokuchi en cette septième journée du Nagoya basho. Un seul lutteur était concerné par un éventuel kachi-koshi, l’expérimenté lutteur de jonidan de retour de blessure, Wakamiura. Il décroche sa récompense au terme d’un combat contre un disciple de Sadogatake en jonidan. Morikawa décroche un succès et inflige le make-koshi à Azumahana. Le vétéran Kasachikara a dû trop fêter son 27ème anniversaire et se retrouve au bord d’un 101° make-koshi. Sakuma, décroche sa sixième victoire en huit basho pour échapper au make-koshi qui lui tendait déjà les bras.


    En jonidan, tout n’est pas décanté pour la lutte en tête mais une bonne partie du chemin a été faite. Quelques-uns des favoris décrochent leur kachi-koshi, dont Takageppo (son frère le suivant à un succès) et Azumaryu (huitième succès d’affilée pour le Mongol), ainsi que Sakaguchi, de la Tamanoi-beya, au bilan pour l’heure flatteur de dix succès pour un unique revers. Cinq autres lutteurs plus ou moins expérimentés les accompagnent, et six autres les rejoindront demain.


    Comme en jonidan, la sandanme n’a joué aujourd’hui que la première partie des affrontements pour le titre (et le kachi-koshi). On y retrouve des noms qu’on attendait : Takarafuji, do-beya prometteur de l’ozeki Harumafuji, 16-2 en carrière pour l’heure ; Homarefuji, talentueux rikishi de la même Isegahama-beya, de retour de blessure et qui n’est pas à sa place en quatrième division ; le Hongrois Masutoo, manifestement sous-classé. Ces quatre lutteurs ne seront pas loin de la victoire finale. Hokutoiwa stagne en milieu de division à 2-2.


    L’ancien sekitori Hamanishiki, plongé depuis près de cinq ans en minarai, fait partie des premiers lutteurs de makushita kachi-koshi, en compagnie de Tamao, qui effectue son meilleur début de basho en carrière. Mankajo équilibre sa fiche, Ryuo n’en finit plus de ne pas avancer, et Minami est décidément au plus mal. Ozakiumi est sur le point de se heurter à son premier mur, avec 1-3 après son échec face au solide poids léger mongol Kagamio. Dewaotori sort Maeta dans un combat de classes d’âge, Fukao le top-model repart en avant après son difficile basho d’adaptation au haut des makushita en mai dernier. Daiyubu est au bord du gouffre, tandis que Kanbayashi effectue un basho de toute beauté et est déjà kachi-koshi. Combat de danseuses graciles entre Towanoyama et Gagamaru. Le Géorgien fonce tête baissée et appuis bien bas dans son adversaire, qu’il fait reculer mais sans bien maîtriser son placement. L’ancien sekitori finit par en profiter et se placer sur le côté de son adversaire pour ensuite montrer toute sa maîtrise technique en sortant Gagamaru d’un uwatenage d’école. Le chemin est encore long vers les rangs salariés pour le plus jeune. Combat contrasté de gabarits entre Satoyama et Rikiryu, ce dernier essayant à tout prix d’imposer son avantage de dix centimètres. Après plusieurs tentatives de crochetage de part et d’autre, c’est Satoyama qui finit par prendre l’avantage sur un yoriki tout en souplesse. Combat acharné entre l’ancien sekitori Fukuoka et le futur (j’en suis sûr) Tokushinho, le premier prenant l’avantage sur le second en conservant une mobilité permanente qui lui évite d’avoir à gérer la pleine puissance de son adversaire. Un combat très intelligemment mené par l’ancien Okinoumi décidément plus à son avantage sur ce basho, et déjà kachi-koshi. Encore un succès et il devrait assurer sa remontée. Combat très vif et engagé de petits gabarits entre le Chinois Sokokurai et Sotairyu, ce dernier montrant une hargne supérieure finit par défaire son adversaire (tout en se retrouvant avec lui au troisième rang des spectateurs…). Il ne lui manque plus qu’un succès pour décrocher le grââl. Quoique, vu les résultats du haut de makushita, les places pourraient être chères. Hoshikaze, dans ce cadre, décroche un succès extrêmement important (et magnifique, sur un uwatenage de l’espace après deux ou trois tentatives de crochetages d’affilée). Tout reste à faire pour le lead-makushita Surugatsukasa. Enfin, en visite en juryo face à un Kotokuni bien mal en point, Nakanokuni ne manque pas l’occasion et expulse le disciple de moto-Kotonowaka sans coup férir en oshidashi. »