« Tous derrière et eux, devant »
La onzième journée du Hatsu basho a accouché d’une énorme surprise : les deux yokozuna mongols sont loin devant et lutteront entre eux pour le gain du yusho. Au delà de l’ironie, cette remarque illustre une nouvelle fois le fossé qui peut exister entre les deux dai-yokozuna et leurs vassaux. Tout d’abord, c’est un mur mongol du nom de Hakuho, qui ne bouge pas d’une oreille sur l’atari de Takekaze. La boule japonaise, lui, voit ses genoux se dérober sous lui à l’impact, et chute instantanément. Pas le combat le plus stressant pour le rikishi de la Miyagino-beya. Le combat-phare du jour met lui aux prises Asashoryu et l’Estonien Baruto, en quête de rachat après sa déconvenue d’hier face à Toyonoshima. Mais le Mongol reste un maître du yotsu-zumo, et quand Baruto se retrouve à lutter au mawashi et dans un corps à corps à mi-distance, il est en bien mauvaise posture et finit par se faire cueillir par un shitatenage virevoltant qui l’envoie rouler sur l’argile du Kokugikan. C’en est fini définitivement des espoirs de Baruto pour mars, qui doit désormais penser à soigner sa fiche face à des adversaires à sa portée qu’il lui reste à affronter.

Succès avec la manière pour Asashoryu. Le mano a mano se précise…

Le Mur des Lamentations pour Takekaze s’appelle Hakuho
Baruto out rejoint la cohorte des lutteurs kachi-koshi hier, tous vaincus aujourd’hui : c’est d’abord le cas de Hakuba, pourtant en forme. Face à lui, Shimotori emploie toute son expérience pour décrocher une jolie prise de mawashi et l’envoyer à terre sur un uwatenage de belle facture. Kotenage difficile à distinguer, tant il est aérien, pour Kisenosato qui après sa charge initiale, se voit mis sur le reculoir par Aminishiki mais le contre magnifiquement pour enfin retrouver le chemin de la victoire après cinq revers consécutifs. Aminishiki, Hakuba et Baruto voient une cohorte de lutteurs fondre sur eux, à commencer par Kotooshu, qui fait fi de la « solidarité inter-ozeki », moins en vogue depuis le départ de Chiyotaikai, et annihile Kaio en puissance. Kaio n’a plus le droit à l’erreur si l’on considère qu’il lui reste deux périlleux affrontements face aux yokozuna.
Succès sans trembler également pour Harumafuji, qui décroche le kachi-koshi sans peine face à Hokutoriki qui paie sa présence chez les joi-jin. Aran ne s’en laisse pas compter par Wakanosato qu’il expulse en oshidashi sans la moindre discussion possible. Le Russe décroche un kachi-koshi méritoire avec en sus un sumo de bien meilleure qualité qu’à l’accoutumée. Kachi-koshi aussi pour Tosayutaka, qui domine aisément Takamisakari en passant sous sa garde. Takamisakari célèbre bien mal la semi-officialisation de sa liaison avec une top-model. Kachi-koshi décroché en puissance enfin pour Toyohibiki, qui assure sa place en makuuchi au prochain basho. Il y aura aussi une jolie compétition pour tous ces lutteurs dans l’optique éventuelle des prix, Baruto tenant la corde avec ses victoires face aux ozeki valides et un yokozuna.

Kotooshu se relance moralement. La fin de basho sera compliquée pour Kaio

Kisenosato repart enfin et porte un coup d’arrêt à Aminishiki
Yorikiri net et sans bavure pour Iwakiyama, qui possédait un score bien défavorable face à Kokkai mais semble largement plus genki en cette fin de basho, puisqu’il enregistre son sixième succès de rang. Pas plus d’émotions pour Tamawashi, qui bouge Yoshikaze avec deux nodowa avant de finir le travail d’un oshidashi tranquille. Iwakiyama et Tamawashi joueront le kachi-koshi demain, tout comme Wakanosato et Kitataiki, en délicatesse avec son genou, qui tente une henka sans aucun effet sur Tochiozan. Celui-ci l’expulse avec calme malgré la mobilité de son adversaire.

Iwakiyama revient du diable vauvert dans ce basho
Kotoshogiku ne fait pas preuve de la plus grande intelligence de situation en ne combattant pas avec ses armes et en s’essayant à l’oshi-zumo face à Goeido, qui le contre en hikiotoshi. Kakuryu profite largement du manque de puissance de bras de Tochinoshin pour enregistrer un succès malgré tout difficile. Toyonoshima est vraiment à l’aise avec les gros, puisqu’après son succès sur Baruto, il enchaîne sur un oshitaoshi clair et net sur Miyabiyama.
Kyokutenho profite de ses grands bras pour enserrer profondément Kakizoe, qu’il laisse ensuite chuter sur ce qui est donné comme un kotenage, mais s’apparente plus dans l’esprit à un kimedashi. Charge du désespoir pour Bushuyama, complètement dépassé sur ce basho, qui ne parvient pas à bouger Mokonami impérial de calme, qui achève le pauvre vétéran sur un shitatenage sans émotion. Victoire tout en maîtrise technique de Tamanoshima sur Asasekiryu, pourtant pas un manchot en la matière. Kotenage souple et sans conséquence autre que l’évitement d’une situation dangereuse pour Tamanoshima. Quatre matta d’affilée pour Shotenro, qui assaille ensuite Koryu, l’acculant à la tawara, mais se faisant contrer sur un joli sukuinage. Shotenro est make-koshi.
Tochinonada, déjà rétrogradé en juryo, ne lâche rien et profite avec opportunisme du déséquilibre de Tokusegawa, trop préoccupé par sa charge et pêchant par précipitation.

Le Vengeur Masqué ? Non, Takanohana oyakata en rupture d’ichimon…
La lutte pour le juryo yusho se précise. Gagamaru mène toujours la danse, grâce à un solide combat. Le Géorgien, une fois lancé, est impressionnant de puissance en oshi-zumo et expulse avec facilité Tosanoumi dépassé par la force de son opposant. Derrière lui, on retrouve Sakaizawa, qui malgré la palette technique superbe, dans l’offensive comme la défensive, démontrée par Okinoumi, profite d’un mawashi scandaleusement lâche pour finir par le contrer d’un uwatenage très aérien. Autre lutteur décrochant aujourd’hui son kachi-koshi, Kyokunankai, qui conclut un combat vif et déterminé sur un spectaculaire yoritaoshi et reste dans la course au yusho.
Victoire laborieuse mais très importante pour Jumonji qui passe sous la garde de Kaiho pour finir par le reconduire à l’extérieur. Yamamotoyama parvient à garder la ligne et repousse sans trop de peine Toyozakura. Chiyohakuho subit l’assaut de Sokokurai mais dévie avant de sortir du cercle la charge de son adversaire qui s’écroule prématurément au sol. Kyoseumi l’emporte dans son style coutumier, une poussée suivie d’un hikiotoshi. Pas esthétique mais efficace. Beau succès pour Hoshikaze, contraint de trouver trois succès d’ici la fin du basho, qui conclut de belle manière un assaut débuté par une henka sur Masatsukasa, pour ensuite repousser à l’aide d’une belle prise de mawashi son adversaire, qui lui résiste vaillamment à la tawara avant de céder sur une très jolie projection. Journée à henka puisque Kirinowaka en place lui aussi une, manquée, avant de poursuivre sur un combat vif au mawashi conclu sur une poussée simple en oshidashi. Le Maître de l’Uwatenage, Kasugao, en sort un de plus, même si celui-ci ne restera pas dans les annales par sa qualité esthétique. Hatakikomi peu probant mais décisif pour Wakakoyu qui n’avait pas l’intention aujourd’hui de passer deux heures sur le dohyo, et qui inflige le make-koshi à Wakatenro.
Déjà make-koshi, Futeno limite les dégâts en infligeant le sien à Shirononami, en lui passant sous la garde avant de le sortir en souplesse. Charge poussive de Kotokasuga dont Kimurayama profite, distinguant la position trop basse de son adversaire, pour lui faire mordre la poussière en tsukiotoshi.
En makushita, Mankajo concède le make-koshi. La miniature Furuichi n’a plus le droit à l’erreur. Auteur jusqu’ici d’un parcours impressionnant depuis ses débuts, Sakaguchi est peut-être blessé, car il concède un troisième revers de rang, et n’a plus le choix s’il veut poursuivre sur sa lancée. Azumaryu sort vainqueur d’un choc de futurs grands avec Homarefuji. Kotokuni poursuit sa spirale infernale et concède un cinquième make-koshi d’affilée. Dans la lutte pour le yusho, surprises puisque Fukao parvgient à prendre le meilleur sur l’excellent Naoe, tandis que le Brésilien Kaisei, dans une forme olympique, gâche une chance de promotion immédiate en cédant face à Sadanoumi. Une finale inattendue et un vainqueur difficile à déterminer. Succès peu convaincant mais important pour Hochiyama sur Daishoumi, par un hatakikomi concluant une série de poussées en tsuppari. Pressé d’en découdre, Nakanokuni provoque deux matta avant de mener largement l’assaut contre Sadanofuji, mais il s’écroule quasiment tout seul en glissant sur l’argile. Très important succès pour Sadanofuji qui se place pour la lutte à l’accession en juryo. Ryuho limite lui la casse en sortant Rikiryu grâce à une solide prise sur le mawashi de son adversaire. Kanbayashi douche les espoirs de promotion de Surugatsukasa en se ruant sur lui comme un fauve après trois matta consécutifs, avant de le faire choir sur yoritaoshi. Surugatsukasa devra (encore) attendre. Gros travail au mawashi pour Tokushinho qui assure en tombant Nakanishi, également sur yoritaoshi, sa remontée immédiate en juryo. Il est le premier makushita rikishi à revenir dans les rangs salariés. Sadanofuji est le mieux placé pour profiter de la deuxième place, le reste dépendra des éventuelles rétrogradations supplémentaires. Dans cette optique, Kurosawa tient la corde.
En sandanme, Hitachigo sort vainqueur du seul et unique choc de la journée entre lutteurs invaincus. Le chauve Taikomaru est à 0-6. Asai est revenu mais doit encore être blessé, et aggrave son make-koshi. Aoiyama sort vainqueur du choc face à Takageppo. Le jeune Kei, qui n’a jamais connu le make-koshi en dehors de basho d’absence et reste sur cinq kachi-koshi d’affilée, est en situation difficile.
Toujours rien de bien palpitant à relever au sein de la division jonokuchi. En jonidan, destins contraires pour les jumeaux de la Dewanoumi-beya : si Fujinoumi patauge et va devoir sauver les meubles, son frère Fujinohana survole le tournoi et se retrouve premier lutteur à six victoires, en attendant les combats des favoris demain (notamment Terashita, Sensho et Karatsuumi). Le poids léger mongol Shoma ne chôme pas et engrange un cinquième succès. Moriurara reprend sa bonne vieille routine et devrait retrouver dès mars sa bonne vieille division jonokuchi. Fusanohana s’enfonce de plus en plus, le poids des ans sur une carcasse déjà bien lourde, sans doute.