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Sujet : Le 35ème Kimura Shonosuke prend sa retraite.

  1. #1
    Modérateur Avatar de toonoryu
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    Le 35ème Kimura Shonosuke prend sa retraite.

    L'actuel tategyoji (chef arbitre) Kimura Shonosuke, un titre et non un shikona, atteint la limite d'âge des 65 ans dans l'entre-basho et a donc présidé à son dernier combat au senshuraku.

    Comme la plupart des impétrants dans le monde du sumo professionnel, les gyoji intègrent l'Ozumo à la fin du collège, en intégrant une heya. Il existe deux noms de famille de gyoji, Kimura et Shikimori. Tout gyoji en adopte un, à la manière des shikona des rikishi. A mesure que le temps passe ils progressent dans la hiérarchie, et leur performance est prise en compte pour les promotions. Ils sont jugés sur leur assurance, leur style et leur capacité à rendre des verdicts clairs. Un trop grand nombre desashi-chigae (décisions retournées) pèse sur la carrière d'un gyoji. Les rangs des gyoji sont les suivants : Jonokuchi, Jonidan, Sandanme, Makushita, Juryo, Makuuchi, Sanyaku, Tategyoji 2 (Shikimori Inosuke), Tategyoji 1 (Kimura Shonosuke).

    Kimura Shonosuke ne préside qu'au yokozuna dohyo iri et à un combat par jour (kettei-sen exclus), en l'occurrence le musubi no ichiban (dernier combat du jour). Le combat en question est toujours celui du yokozuna le mieux classé, ou du lutteur le mieux classé s'il n'y a pas de yokozuna en place. A l'instar du titre de yokozuna, la distinction de Kimura Shonosuke est la plus haute qu'un gyoji puisse atteindre. Mais à la différence des yokozuna, il ne peut y avoir qu'un seul et unique Kimura Shonosuke à la fois. Et à la différence des yokozuna, c'est un rang que l'on n'atteint qu'après un très long parcours.

    Le costume des deux gyoji de plus haut rang incluent d'ailleurs un tanto (une dague) pour commettre le sepuku (suicide rituel) en cas de mauvaise décision. Ce type d'acte ne se produit bien évidemment pas de nos jours, mais il peut arriver que le gyoji se sente contraint de présenter se démission dans de telles circonstances. Elle est alors acceptée ou non (elle ne l'est pas la plupart du temps). D'autres composantes du costume des gyoji permettent de faire les distinctions : les chaussures (ou leur absence), les couvre-chef et les pompons, qui sont tous différents en fonction du rang. Les couleurs ont également une importance majeure, chaque rang ayant son code couleur, le plus élevé arborant la couleur violette. La moyenne de présence au rang convoité de Kimura Shonosuke est de 8 ans, certains servant jusqu'à 25 ans, d'autres moins d'une année.




    Le 35ème Kimura Shonosuke s'appelle Uchida Junichi. Il est membre de la Tatsunami-beya, et vient de Nobeoka, préfecture de Miyazaki. Il a fait son hatsu dohyo lors du Natsu Basho 1962. La photo précédente date du jungyo de Miyazaki en décembre 1963.


    Dans une interview accordée à la NHK, Kimura Shonosuke confesse qu'après tant d'années à officier, il est toujours nerveux quand il arpente le dohyo pour rendre des verdicts. Il poursuit en avouant qu'il s'intéressait au sumo étant jeune, mais comprit alors qu'il était trop petit pour devenir un rikishi et décida alors de devenir gyoji.




    Il arbitra ses premiers combats alors qu'il n'avait que seize ans, alors que s'amorçait l'ère dite "Rinko" qui voyait la domination de Wajima et Kitanoumi. Sur la photo précédente, on peut le voir arbitrer lun des makushita yusho de Takahanada (futur yokozuna Takanohana). Kimura Shonosuke loue la chance qu'il a eue de connaître le boom de la popularité du sumo, avec les ascensions de Chiyonofuji, Takanohana, Wakanohana et de tant d'autres solides rikishi qui ont fait leurs débuts et gagné leur notoriété, sans omettre l'apparition de l'influence étrangère avec les Hawaïens et les Mongols un peu plus tard.




    Le Tategyoji évoque ensuite sa relation avec le yokozuna Hakuho. Il le décrit comme un yokozuna exceptionnel, non seulement pour son fantastique sumo, mais aussi pour son hinkaku (qualités personnelles sur et en dehors du dohyo). Kimura évoque d'ailleurs sa nervosité quand il présidait aux combats du yokozuna alors que celui-ci courrait après le légendaire record des 69 victoires de Futabayama. Hakuho quant à lui dit également quelques mots sur celui qu'il appelle son "daisempai", duquel il a appris un grand nombre de choses puisqu'il appartient à son ichimon. Hakuho nous dit que le sumo est bien évidemment une lutte, mais aussi un ensemble de traditions, et que cela aura été un honneur tout particulier de faire le yokozuna dohyo-iri avec ce Kimura Shonoskue.


    T

    L'interview se clôt avec la présentation d'une calligraphie de Kimura Shonosuke. “Ketsudan isshun”, ce qui signifie "prendre une décision immédiate". Il est aisé de concevoir la pression qui va avec la position. Tout particulièrement lors de combats très disputés qui peuvent non seulement déterminer le vainqueur d'une confrontation ou d'un yusho, mais même déterminer le début ou la fin d'une ère. La poursuite d'une grande carrière, ou la fin prématurée d'une autre. D'impressionnants records absolus, ou des ratés monumentaux.

  2. #2
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    Merci pour ce superbe article et pour l'hommage que tu fais à ce tategyoji.
    Kaio pour toujours dans ma mémoire et maintenant place sur le dohyo à Kaisei, Kotoshogiku et Enho

  3. #3
    Senior Member Avatar de Kaiomitsuki
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    Un visage très familier pour tout fan de Sumo...
    Merci Toonoryu pour ce bel hommage


    Kimura Shonosuke : "Pour ceux qui l'ignore encore le Soleil se lève de ce côté !"


    Une dernière photo avec le Yokozuna


    et un petit tour de parade pour les adieux !

  4. #4
    Modérateur Avatar de toonoryu
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    Ces photos me rappellent cruellement que j'aimerais bien mettre la main sur un eboshi de gyoji pour mon petit musée perso, pour ceux qui sauraient où en trouver...

  5. #5
    Senior Member Avatar de Kaiomitsuki
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    Citation Envoyé par toonoryu Voir le message
    Ces photos me rappellent cruellement que j'aimerais bien mettre la main sur un eboshi de gyoji pour mon petit musée perso, pour ceux qui sauraient où en trouver...
    As-tu essayé de demander à des membres de SumoForum qui vivent au Japon tels Nishinoshima (John Gunning) et Kotoviki (Viki Lyn Paulson-Cody) ou encore Fay (Martina Lunau)... Ils sont très proches de certaines Heya et devraient pouvoir se renseigner pour obtenir cela

  6. #6
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    merci pour cet excellent article !
    "La joie de l'âme est dans l'action" (Maréchal Lyautey)

  7. #7
    Lorsqu'on le voit à côté de Hakuho, on se dit qu'il a été clairvoyant quant à son avenir en tant que rikishi.
    Père Boulon

    Il n'y a de richesse que d'Hommes.

  8. #8
    un lien vers un petit article en anglais sur les gyoji, qui reprend en moins précis ce que toonoryu écrivait dans le premier post, mais vu du côté du gyoji lui-même.
    http://ajw.asahi.com/article/sports/AJ201111260056a

  9. #9
    Modérateur Avatar de toonoryu
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    Comme j'ai quelques minutes, petite traduction dudit article sur le pouce :

    Pour les arbitres, la tâche la plus lourde est en dehors du dohyo.

    C'est un travail où les promotions permettent d'être mieux chaussé et d'avoir l'occasion de porter une lame pour s'éventrer. Une expérience en calligraphie est un plus, comme des qualités de scribe, d'annonceur public et l'aptitude à paraître petit.

    Telle est la vie des gyoji, les arbitres du sumo, des personnes que l'on voit souvent mais que l'on comprend peu.

    Tochihiro Yamazaki, un gyoji de 63 ans, nous dit que sa carrière a débuté avant même qu'il ne puisse se rendre compte de quoi que ce soit.


    « Quand j'ai compris ce qui se passait, il était trop tard pour refuser l'offre », dit Yamazaki, natif de Mukurazaki, préfecture de Kagoshima, membre de l'Izutsu-beya.


    Le 31 octobre, il s'est vu promu au plus haut rang des gyoji, ce qui veut également dire qu'il s'est vu attribuer un nouveau nom de gyoji, passant du 3 ihSemè8kimori Inosuke pour devenir le 36ème Kimura Shonosuke.


    Yamazaki était un fan du héros local de sa ville Tsurugamine, qui devint plus tard le chef de l'Izutsu. Au mois de décembre de sa troisième année de collège, Yamazaki fut invité à rencontrer Tsurugamine alors que celui-ci était présent pour un jungyo.


    « Mais en fait je ne l'ai pas rencontré, au lieu de cela ils m'ont amené au gyoji ».


    De retour chez lui, on dit alors à Yamazaki qu'un poste de gyoji lui avait été réservé.


    Après être devenu un disciple, Yamazaki intégra les activités de groupe à la heya des gyoji, une structure qui a disparu en 1973.


    « Ils buvaient toute la nuit et nous empêchaient de sortir. Ils nous faisaient nous asseoir dans la position de seiza avec les pieds reliés en dessous contre le parquet. Après être devenu un novice, je n'ai plus grandi que de trois centimètres ».


    Il mesure 1,65m, mais l'un des talents des gyoji est de paraître petit pour donner un aspect encore plus gigantesque aux rikishi.


    Le sumo a un chiffre maximum de 45 gyoji. La moitié sont recrutés grâce à des intermédiaires, le reste se présentant de leur plein gré. Leur salaire de départ est d'environ 140.000 yens.


    Jusqu'à leur mariage, les gyoji vivent au sein de leurs heya, et n'ont pas à se soucier de la nourriture, du logement ou des vêtements. Seule une personne sérieuse ayant la confiance de l'oyakata peut devenir gyoji.


    En plus d'arbitrer les combats, leurs tâches incluent l'annonce publique au cours des tournois, les tâches administratives, des tâches de secrétaire au profit des oyakata, et des tâches de rédaction.


    Selon Yamazaki, il y a trois raisons qui poussent un gyoji vers la sortie.


    « La première est parce qu'on pense que le travail est difficile. La deuxième est quand on se sent inférieur à des camarades plus doués. La troisième est quand le pessimisme vous envahit parce que vous commencez à vous dire 'Eh, le vieux, quand vas-tu enfin être juryo-kaku (la position considérée comme celle d'un vrai gyoji) ?' ».


    Un gyoji est pieds nus sur le dohyo jusqu'à son accession à la division juryo. Une fois, un enfant a demandé à Yamazaki s'il avait froid aux pieds.


    « C'était dur. Mais c'est un système à l'ancienneté, et donc on ne peut monter que lorsqu'il y a une place qui se libère au-dessus. Je comptais les jours juste avant le retrait de mon aîné ».


    A environ 35 ans un gyoji accède à la division juryo, et il peut alors porter des tabi, des chaussettes fendues. Lorsqu'il atteint les rangs sanyaku, il peut y ajouter des sandales plates appelées zori et un petit coffre en bois appelé inro, qui est gravé d'armoiries familiales.


    Les chefs arbitres Shonosuke et Inosuke arborent une courte dague, qui symbolise qu'ils sont prêts à s'entailler le ventre s'ils rendent un verdict erroné. Encore aujourd'hui, il est de coutume qu'un tate-gyoji qui rend une mauvaise décision présente ses papiers de démission à la Kyokai avant la fin de la journée.


    La première chose qu'un gyoji apprend est le sumoji, la calligraphie propre au sumo, à commencer par les cinq caractères signifiant la montagne (yama), la rivière (kawa), la mer (umi), la broderie (nishiki) et la fleur (hana), très souvent employés dans les noms des rikishi.


    « Je me suis entraîné avec les programmes télé des vieux journaux. Les lignes divisant les articles étaient juste de la bonne dimension ».


    Seul un calligraphiste entraîné dont on a confiance en la discrétion peut prendre en charge le travail de rédaction du banzukehyo, la liste des lutteurs en fonction de leur classement. Cette liste est tenue secrète jusqu'à sa publication. Les banzukehyo se vendent 50 yens l'unité.


    Deux assistants effectuent des vérifications minutieuses, et le calligraphiste prend environ une semaine pour la rédaction. Jusqu'à sa promotion comme Inosuke, Yamazaki a passé environ sept années à cette tâche.


    « On doit utiliser un pinceau très fin qui est pratiquement bon pour la poubelle parce qu'il n'a plus que quelques soies qui restent pour écrire les caractère microscopiques des jonokuchi ».


    Le calligraphe aujourd'hui est Kimura Keinosuke, un quinqua natif de Tokyo et appartenant à la Kokonoe-beya. Son vrai nom est Yuji Horasawa.


    « Je n'ai jamais pris cela pour un travail amusant », nous dit Keinosuke. « La responsabilité est trop grande ».


    Les shikona des lutteurs qui figurent sur l'actuel banzukehyo sont rédigés par Keinosuke.

  10. #10
    à partir du 7/01/2013 il y aura au musée du sumo du ryogoku kokugikan une exposition consacrée aux Kimura Shonosuke. Un peu trop loin pour y aller, mais j'aime bien la photo du flyer.
    recto :



    et verso :

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