• Aki basho 2012 – 14ème journée (Juyokka-me)

    Harumafuji face à son destin

    Il est loin le temps ou Harumafuji affrontait son premier yokozuna. A l'époque, face à Asashoryu, il avait avoué n'avoir pas osé le regarder lors de sa préparation (et avait d'ailleurs perdu). Maintenant, le talentueux Ama s'est transformé en redoutable Harumafuji et ce sont ses adversaires qui tremblent avant de l'affronter lui, qui est sur le point d'atteindre le sommet, de devenir yokozuna. Il n'y a plus qu'un obstacle à franchir et non des moindres, Hakuho, car, face à Kakuryu, Harumafuji n'a pas tremblé, malgré l'enjeu. En fait, c'est avec une motivation décuplée et un sumo de yokozuna qu'il s'est précipité sur son adversaire, rapidement débordé et mis dehors en quelques secondes. Harumafuji est donc dans une position idéale, invaincu face à un adversaire redoutable mais nerveux comme le prouve sa victoire, hargneuse, face à Kisenosato. Après avoir tenté de l'assommer à l'atari (comme Myogiryu), Hakuho a fait preuve d'une furie inhabituelle avant de le claquer au sol avec véhémence. Demain s'annonce historique.


    Harumafuji vainqueur de Kakuryu par yorikiri

    Impressionnant de maîtrise, sûr de lui, Myogiryu a été impérial face à Takekaze. Le sekiwake a conquis sa dixième victoire en donnant le tempo de bout en bout. Il a d'abord tenté de repousser son adversaire qui, tendu comme un ressort, a fusé vers la tawara quand Myogiryu a eu l'intelligence de le laisser puis de le suivre, tel un chasseur à l'affût, afin de le sortir sans ménagement. A l'inverse, Goeido, son camarade de heya, est apparu inefficace face à Tochiozan. L'autre sekiwake a bien tenté d'avancer mais sans succès puisque Tochiozan l'a retourné d'un tour de main pour mieux le sortir. Pragmatique, Tochinoshin a préféré éviter la charge de mammouth de Toyohibiki dès le tachi-ai afin de le laisser s'écrouler tout seul. En manque de victoires, Aoiyama s'est jeté sur Homasho comme la misère sur le pauvre monde. Brutal, le Bulgare n'a pas hésité à frapper avec constance et une dernière claque, plus appuyée, lui a permis de mettre le Japonais sur les fesses.

    Solide en défense, Kaisei a bien maîtrisé les assauts de Masunoyama même s'il a eu quelques difficultés à le faire chuter. Parti à l'assaut de la montagne Gagamaru, Shohozan n'a pas réussi à la bouger mais par contre, il a su éviter de se mettre en travers de son chemin lorsque le Géorgien a contre-attaqué. Bonne idée : Gagamaru s'est écroulé au sol. Face à Shotenro, un adversaire qu'il a toujours dominé, Aran n'a pas tremblé un seul instant. Son banal yorikiri lui permet ainsi d'engranger une deuxième victoire. Un peu maigre mais tout de même bon à prendre. Miyabiyama n'est plus ce qu'il était. Il a tenté vaguement de résister aux attaques de Toyonoshima dans un premier temps mais une fois au bord de la tawara, il n'a même pas fait semblant de se battre, attendant sagement que Toyonoshima lui donne la pichenette nécessaire pour le mettre dehors.

    Kachi-koshi en poche, Aminishiki a eu besoin de toute sa science pour sortir un Takayasu coriace qui restera un des héros de ce tournoi. Tokitenku a commis une faute en entrant dans le jeu des tsuppari de Yoshikaze. Il ne pouvait que perdre avec ces techniques d'oshizumo qu'il maîtrise nettement moins bien que Yoshikaze. Il est vrai qu'il n'avait pas trop le choix tant le Japonais était pressant. C'est donc tout naturellement qu'il est sorti.

    Confirmant son bon basho, Okinoumi n'a pas eu de difficulté pour sortir Chiyotairyu, encore un peu tendre (gare aux remontrances de Kokonoe). En mauvaise posture face à Tenkaiho qui s'apprêtait à le sortir, Daido a sauvé la situation d'un uwatenage défensif de toute beauté qui lui permet de se retrouver à 7-7. Attentif, Kitataiki ne s'est pas pris aux pièges tendus par Takanoyama dès le tachi-ai. Il a au contraire parfaitement contré le lutin tchèque d'un sotogake que son adversaire n'aurait pas renié mais qui le laisse boitillant. Pour Takanoyama, cette défaite est synonyme de make-koshi, son résultat habituel en makuuchi. Il pourra profiter de la juryo pour se refaire une santé.

    Dynamique et agressif, Wakakoyu n'en a pas moins reculé jusqu'à sortir devant la calme détermination de Fujiazuma. Il se retrouve donc make-koshi alors que Fujiazuma entretient l'espoir avec cette septième victoire. Kyokutenho s'est battu avec acharnement pour contrer les tentatives d'expulsion de Wakanosato, parfaitement positionné au corps à corps. Le Mongol a bien failli réussir plus d'une fois mais le Japonais était trop bien accroché et a fini par sortir son vieux camarade ce qui lui permet d'égaliser à 7-7.

    Très encouragé par un petit groupe de supporters, Takarafuji s'est battu comme un beau diable contre Asahisho qu'il a mystifié d'un beau contre suivi d'une expulsion spectaculaire. Après un pas de côté qui a complètement surpris Asasekiryu, Kimurayama s'est empressé de le repousser dans le public. Classique et efficace. Venant rendre une petite visite à ses ex-copains de makuuchi, Tochinowaka n'a pas eu plus de réussite que dans sa division. Il s'est pourtant donné du mal pour sortir Sadanofuji mais ses efforts n'ont pas été récompensés tant ce dernier s'est montré solide en défense. Il a même recentré le combat au centre du dohyo avant de s'écarter pour laisser tomber l'infortuné Tochinowaka qui n'en finit plus de s'enfoncer.

    En juryo, après la chute collective des trois leaders hier, la grande bagarre continue de faire rage. Cette édition de l'Aki est particulièrement disputée, même selon les normes de cette division turbulente. Ainsi, ils étaient quatre lutteurs en tête et ils ne sont plus que deux à l'issue de cette journée : Ikioi et Jokoryu. Avec quatre défaites chacun et compte tenu qu'ils se sont déjà rencontrés, il n'est donc pas exclu que le yusho se joue à 10-5 avec un regroupement général lors de la dernière journée. Les deux compères ont usé de la même stratégie pour l'emporter : un mouvement tournoyant afin de mieux projeter leur adversaire. Ikioi a ainsi classiquement mené à terre Sagatsukasa, le lutteur de poche tandis que Jokoryu a un peu bataillé en ligne avant de jeter Takanoiwa au sol à l'aide d'un kotenage.
    Tamawashi et Chiyonokuni sont les grands perdants du jour. Chiyonokuni s'est pourtant rué sur Yoshiazuma en tentant tout ce qu'il pouvait. Accroché au cou de son grand adversaire, il a essayé de le crocheter mais n'a réussi qu'à tomber lui-même. Tamawashi a lui aussi bien failli sortir Kotoyutaka qui n'a pas lâché l'affaire et contre-attaqué brillamment en sortant avec force son adversaire. Mais, encore une fois, pour ces quatre lutteurs à 5 défaites, rien n'est perdu même s'ils n'ont plus leur sort entre les mains.
    Un nombre impressionnant de 8 lutteurs se retrouvent à 7-7. Pour eux aussi, la dernière journée sera cruciale, comme pour Takamisakari, Sagatsukasa ou Takanoiwa. On peut aussi noter le kachi-koshi de Daikiho, le protégé de Hakuho, à la trajectoire impeccable jusque là.

    En minarai, les jeux sont faits, ou presque (voir le commentaire du jour précédent).
    Commentaires 2 Commentaires
    1. Avatar de toonoryu
      toonoryu -
      C'est pas la troisième victoire d'Aran ?

      Super CR, détaillé, vivant, comme je les aime. de la belle ouvrage.
    1. Avatar de pereboulon
      pereboulon -
      Exact. Mea culpa. Il faut dire que je le voyais bien rester à deux