En prenant la charge des chronique de la deuxième semaine, mais avant les trois jours du week-end final, je ne pensais pas que j’aurais la chance de chroniquer autant de surprises. En même temps, on serait tenté de dire que le cadre s’y prêtait : depuis son accession à la tsuna, Hakuho a disputé 27 basho (l’actuel compris), en remportant 18. Deux tiers. Or, sur cinq Hatsu, il s’apprête à perdre (même si tout n’est pas joué) son troisième. Hakuho n’est décidément pas le lutteur du Nouvel An.
Celui qui est désormais dans la meilleure des positions, c’est à dire avec son destin en main et une marge de deux succès d’avance, c’est Baruto Kaito, l’ozeki estonien. On ne peut pas dire que son succès du jour restera dans les annales, tant il souffre la comparaison avec les victoires étonnantes de force et de rage qu’il avait décrochées jusque là. Baruto craignait-il Kisenosato, lors même que leur bilan lui donnait une confortable marge et des raisons d’être serein ? Toujours est-il que le Balte sent bien Kisenosato partir bille en tête, et fait tout simplement un petit pas sur sa gauche tout en appuyant sur la tête du shin-ozeki. Hatakikomi sur henka, cette shiroboshi met Baruto dans une position idéale pour rentrer dans le club des vainqueurs de yusho, auquel chose étonnante il n’appartenait pas encore bien que considéré par beaucoup comme le plus solide des ozeki actuels. Il rejoint les deux autres « vétérans » (en basho à ce grade, pas en âge) dans ce club, mais à l’inverse de ces deux-là, ses perspectives sont plus encourageantes. Reste que ce succès acquis de la moins élégante des manières risque de lui compliquer la tâche. Ce dont il n’a pour l’heure cure, n’en doutons pas.
L’essentiel est là pour Baruto, la manière est plus discutable.
Oui, ça fait rager…
Deux de chute pour un yokozuna trop précipité.
Avec un écart de deux victoires vers l’avant, Hakuho voit en plus revenir un peloton de six lutteurs à une victoire de lui, bien décidés à faire valoir leurs droits qui sait pour les honneurs d’un jun-yusho. Kotooshu revient à l’oshi-zumo qui lui a pas mal réussi depuis le début de ce basho, tout en demeurant un facteur dirimant pour des ambitions plus élevées. Le Bulgare donne la leçon à Takayasu, bien méritant décidément mais encore un peu tendre à ce niveau, et impuissant face à l’allonge de l’ozeki. En compagnie de ses deux camarades ozeki bourreaux et victime du jour, il voit aussi à neuf victoires le shin maegashira Chiyonokuni, qui vainc le M8 Tochiozan (qui avait l’opportunité de se joindre à Hakuho) en reculant sous la charge avant de conclure sur une projection d’un bras sans prise de mawashi. Dernier lutteur à neuf succès, Gagamaru, qui dans un choc des extrêmes parvient à conserver son radar de direction bien dans l’axe de Takanoyama, qui sur le plan de la puissance est évidemment bien en dessous.
Kakuryu, le kachi-koshi en poche, échoue dans sa tentative d’améliorer son score pour lui conférer une allure convenable digne d’un ozeki potentiel. Opposé il est vrai à Kotoshogiku qui se trouve dans une position difficile, avec cinq revers sans avoir affronté le yokozuna et Baruto, le Mongol cède face à la puissance de l’ozeki. Avec chacun le bras gauche sur le mawashi, Kotoshogiku est clairement plus fort, et face à la résistance du sekiwake à la tawara, il pivote rapidement comme il l’a déjà fait plusieurs fois sur ce basho, faisant tournoyer son adversaire avant de l’achever d’une poussée dans le dos. Kotoshogiku n’a plus qu’un succès à décrocher pour assurer un kachi-koshi bien long à venir.
Trois lutteurs repartent sur la hanamichi avec le précieux sésame en poche. Myogiryu, à son plus haut rang en carrière, montre de sacré dispositions. Ne laissant pas une seconde de répit à Kitataiki déjà aux abois, il le repousse en puissance hors du cercle. Il restera à l’ancien champion universitaire de ne pas connaître la même déconvenue que son adversaire du jour en mars, quand le temps des joi-jin sera venu. Tokitenku et Asasekiryu sont également de la fête. Tokitenku dispose de son compatriote vétéran Kyokutenho en puissance et en yorikiri, une belle performance quand on connaît la qualité de son adversaire sur ce terrain. Asasekiryu est lui moins élégant, auteur d’une énorme henka sur Toyohibiki qui est un bon prélude à ce qui va suivre un peu plus tard dans la journée…
Gros coup de bambou pour Okinoumi qui se fait dominer en puissance par le sekiwake Toyonoshima, un adversaire qui ne lui réussit pas. A noter d’ailleurs qu’Okinoumi est l’un des symboles de la déroute (plus impressionnante que d’habitude) des komusubi et joi-jin, les huit lutteurs concernés n’empochant que 28 succès en 12 journées (dont sept pour un seul d’entre eux), soit entre trois et quatre victoires pour chacun en moyenne. Les mouvements d’ascenseur vont être importants. Autres symboles de cette déroute, Wakakoyu et Takekaze, qui se retrouvent à 3-9 chacun après la victoire de Takekaze au terme d’une lutte de tsuppari assez poussive. Miyabiyama n’est pas en reste, avec une nouvelle défaite face à Goeido qui s’en sort moins mal, en dépit des tentatives de tirage du vieil ex-ozeki. Aminishiki est lui le seul de ces huit hommes aux portes du kachi-koshi, après une victoire tout en poussées et sans finesse sur Homasho. Le vétéran de l’Isegahama peut viser une place de sekiwake.
Tochinowaka est lui aussi tout proche de pouvoir réclamer sa volée de bois vert en mars. Il n’est d’ailleurs pas loin de la subir aujourd’hui face à Shohozan, et ne doit qu’à son placement plus équilibré sa victoire face à son adversaire qui multiplie les tsuppari et manque de chance au final. Yoshikaze et Tochinoshin sont aussi au bord du kachi-koshi, et c’est Yoshikaze qui empêche le Géorgien de passer positif, en attaquant en oshi puis en profitant d’un manque de vigilance de celui-ci pour décrocher un profond morozachi, ce dont il profite malgré la pince de crabe très « Takanonami-style » et la tentative désespérée d’utchari de l’Ossète, trahi par ses chevilles qui touchent la janome en avance. Tenkaiho et Sadanofuji sont dans une situation rigoureusement identique, le second se décalant très légèrement à l’atari pour prendre le bras droit de son adversaire et lui dénier toute résistance grâce à un nodowa poussé à fond. Fujiazuma est aussi aux portes du kachi-koshi, contenant les attaques du plus léger Nionoumi avant de profiter de la position avancée de celui-ci pour le mettre à terre. Sagatsukasa manque d’allonge mais pas de vitalité pour expulser en oshi un bien pâle Tosayutaka. Aoiyama est enfin conquérant face à Daido qui retrouve son côté passif. Le Bulgare essaie de limiter la casse. Aran aussi, en costaud face au grand gabarit de Yoshiazuma. Tamawashi obtient un kachi-koshi chanceux face à l’attaque brouillonne de Kyokushuho.
En juryo, surprise du chef (relative, tout de même, vu le très bon basho de Sotairyu) puisque le grand favori Chiyotairyu prend une leçon d’humilité en étant dépassé par le sumo très offensif de Sotairyu. Toutefois, le Russe Amuru n’en profite pas, car malgré son sumo toujours aussi offensif, il trouve aujourd’hui sur son chemin un (gros) os, en la personne de Kotoyuki, qui contre ses assauts, le déstabilise d’une baffe monumentale et contre pour expulser le mince Russe en oshidashi. On a donc désormais un trio de tête, suivi de loin par un quatuor qui décroche le kachi-koshi, dont Ikioi, qui se rapproche de la makuuchi, tout comme Wakanosato, et Tamawashi, assuré de son retour.


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Natsu basho 2012 : 12ème journée (Juninichi-me)