Dure et crevante vie que celle d’un chroniqueur livré à lui-même avec deux bambins dont un de neuf mois, pour rédiger une chronique – désolé pour le hors-sujet – sur un Hatsu basho qui décidément se révèle passionnant. Passionnant parce qu’un ozeki qu’on disait trop gentil a décidé de passer à l’offensive, montrant une grinta, une rage de vaincre salvatrice. Passionnant parce que l’invincible yokozuna a chu, à la surprise générale, contre un adversaire qui ne l’avait jamais inquiété. Ingrédients nécessaires pour donner à un honbasho un peu plus de piment que d’habitude.
Kaido Hoolvesson est investi de l’esprit de Chad Rowan, c’est moi qui vous le dis. A tout le moins sur cet Hatsu basho. Il flotte un air hawaïen dans le sumo de Baruto, et plus un air de type Akebono yokozuna que Konishiki sur le tard. Baruto semble être totalement transcendé pour l’heure, et il est certain que la défaite surprise de Hakuho hier doit encore plus lui donner la gnac. Ce n’est pas l’infortuné Harumafuji, anéanti sur oshitaoshi après quatre poussées des 190 kilos de l’Estonien, qui nous dira le contraire. Il n’y aura que Hakuho pour arrêter la course du Balte, sur ce basho.
Un bulldozer venu du froid.
Hakuho, que l’on sent (un tout petit peu, faut pas déconner) fébrile contre celui qui lui a posé tant de soucis l’an dernier, l’ozeki Kisenosato, assure l’essentiel, la victoire. Dans un style un peu brouillon, dont on sent qu’il est destiné à empêcher toute prise de mawashi, le yokozuna repousse Kisenosato, tente de lui saisir le bras pour un éventuel kotenage, puis l’achève en oshidashi, visiblement soulagé. La lutte en tête continue, le Mongol est toujours maître de son destin, en attendant la confrontation avec l’ogre balte dimanche. Kisenosato, lui, est désormais à deux longueurs de la tête, sa confrontation avec Baruto demain revêt donc pour lui – et la lutte en tête – un caractère décisif.
Le troisième homme proche de quitter la lutte, sous l’œil vigilant de Baruto.
Défaite pas si surprenante de l’ozeki Kotooshu, pas si mal en début de basho mais dont on sent qu’il ne peut encore avoir de réelle influence sur la lutte au sommet. Opposé à Kakuryu en quête du grade d’ozeki, le Bulgare, kachi-koshi en poche, n’a pas forcément la motivation pour puiser dans ses ressources face au roublard sekiwake mongol, qui une fois conquis le mawashi dans une position légèrement désaxée pour éviter le travail en puissance de son adversaire, se décale de l’autre côté au moment de l’offensive de Kotooshu pour le projeter imparablement en shitatenage. Kachi-koshi pour Kakuryu qui doit encore chercher trois succès pour assurer l’ozeki-run en mars.
Défaite peu surprenante pour Kotooshu.
Outre Kakuryu, un seul autre lutteur décroche leur sésame aujourd’hui. Poussées énormes pour Gagamaru qui expulse en force Kaisei, le renvoyant en juryo tandis que lui décroche son kachi-koshi.
Homasho et son sumo franc sont des proies faciles pour la puissance de cuisses de Kotoshogiku. Une grosse poussée, une tentative de projection et une poussée finale dans l’autre sens. Ite missa est, l’ozeki doit encore chercher deux shiroboshi pour éviter l’infamie d’un premier kadoban prématuré.
Dans un combat de trappus, Takekaze surprend le sekiwake Toyonoshima, décidément bien décevant et dont on attendait sans doute mieux, en dominant l’échange de tsupparis. Toyonoshima doit remporter tous ses combats restant s’il veut garder une chance de rester sanyaku. Aminishiki est sans pitié pour ce qui reste de l’ex-ozeki Miyabiyama, peu efficace en poussée et qui voit son dernier assaut dévié par le Renard qui accompagne au mawashi sa chute finale. Dans un style qui ne lui est pas forcément coutumier, le futur ex-komusubi Wakakoyu l’emporte en reculant sur tirage. Goeido se simplifie la tâche en attirant Kitataiki beaucoup trop penché au sol. Le premier commence à respirer moins péniblement, à l’inverse du vaincu du jour qui boit la tasse (de chikara-mizu, bien sûr). Myogiryu, très satisfaisant à ce niveau du banzuke, remporte à l’expéreince et à la puissance un combat disputé face à Takayasu pourtant méritant, tant ce jour que pour son tournoi. Le jeune hiramaku engrange une expéreince qui lui sera très utile. Aoiyama concède le make-koshi dans un tournoi où il déçoit beaucoup, en se faisant mystifier « à la Russe » par un hatakikomi de Tochinowaka. Toyohibiki est bien plus puissant que Tokitenku, c’est une évidence, mais le Mongol est plus subtil et dévie au dernier moment la trajectoire de son opposant pour le laisser descendre seul en bas du dohyo. Nouveau succès en yotsu-zumo pour Yoshikaze, qui voit l’ouverture opportune sur le mawashi de Tenkaiho et en profite pour conclure grâce à son profond morozachi. Solide victoire en yori de Tochinoshin sur Kyokutenho, pourtant pas un manchot du genre. Le retourné est puissant. Le Géorgien fait finalement un basho convenable, même si l’on attendait beaucoup mieux dans cette région du banzuke. Aran subit les tsuppari de Fujiazuma, et tente un gros tirage en recul, mais il n’est pas assez ballerine pour danser convenablement sur la tawara, et les shimpan accordent au final la victoire à Fujiazuma. Kyokushuho en dessous des aisselles, Tochiozan décroche un neuvième succès qui devrait le mener proche des joi-jin, tandis que son adversaire mongol est promis à la juryo. Succès méritoire de Daido bien mou depuis le début du basho et qui contre Asasekiryu, maître du mawashi, décroche une solide prise main gauche dès l’atari convertie immédiatement en uwatenage. Victoire tout en tsuppari puissants pour Sadanofuji qui explose Nionoumi. Premier revers pour le petit Sagatsukasa en cinq rencontres face au grand gabarit de Yoshiazuma, qui l’attire au sol dès l’atari. Avec Takanoyama, c’est tout bon ou tout pourri. Aujourd’hui, le meilleur. Submergé par l’assaut puissant de Tosayutaka, le Tchèque trouve les ressources pour planter un utchari magnifique, à montrer à ceux qui n’aiment pas le sumo.
En juryo, la situation est clairement décantée pour un duel avec un troisième homme en embuscade. Chiyotairyu devient de plus en plus solide au fil des combats, la manière dont il absorbe sans laisser paraître l’once d’un effort l’assaut d’Asahisho avant de le sortir en deux poussées très franches est juste impressionnante. Bien loin de certaines victoires faciles du début de basho. Amuru soutient le rythme du champion universitaire, toujours de manière aussi convaincante. Cette fois c’est Kimikaze qui sort en oshi. Trois poussées permettent à Sotairyu de remporter un succès facile aux dépens de Shironoryu qui devra méditer son infortune en makushita en mars. Sotairyu reste en course pour le yusho, il est le seul troisième homme car derrière, aucun autre lutteur n’est encore kachi-koshi.
Epreuve de force pour Tamawashi qui fait tout pour contrer une prise de mawashi de Takamisakari. Le Robocop la décroche, mais trop tard pour contrer l’oshi de son adversaire. Pas de henka pour Hochiyama mais un retrait tout de suite après l’atari, qui prend de court l’imprudent Bushuyama. La henka de Takarafuji est loupée, mais le clone de Chiyotaikai profite d’un Tokushoryu aux abois pour signer en yori un succès qui le laisse à portée de tir de la makuuchi. Bien mal engagé en début de basho, Wakanosato engrange un quatrième succès synonyme d’espoir en aplatissant Kotoyuki trop avancé dans sa charge. En position basse et stable, Ikioi est maître de la situation face à Shotenro, pourtant une bonne référence. L’espoir tardif est plus proche que jamais de la makuuchi. Kitaharima doit sauver ses fesses chez les salariés, l’opération survie commence bien face à Masunoyama le très lourd dont il contient les assauts avant de le laisser choir en profitant de sa position trop avancée. Assailli par Oiwato, Kokkai renverse la situation avec une projection puissante, un rare makiotoshi. Manquant d’allonge face à Tsurugidake, Tochinonada concède le make-koshi. Plus lourd et puissant à défaut d’être vif, Tokushinho, en situation difficile, finit en yori après un début tout en tsuppari pour éviter un make-koshi prématuré face à Kimurayama. Homarefuji semble décidé à chuter le moins possible en makushita. Ses tsuppari sont précis et puissants et son allonge meilleure. Tamaasuka ne peut rien faire. Succès heureux pour Masuraumi, pas franchement fringant, grâce au kyujo de Hokutokuni qui libère une nouvelle place chez les salariés.
En makushita, comme prévu, les Kitanoumi-boys l’emportent aisément contre leurs adversaires moins cotés. Sakumayama égalise au passage le record mythique d’Itai, s’il devait le battre vendredi il serait très bien placé pour une promotion directe en juryo, tout comme Hakiai l’ex-malchanceux. Un kettei-sen entre les deux do-beya est plus que jamais possible, au final. Chiyootori assure lui définitivement sa place en juryo. Hakiai et Sakumayama, Satoyama, Sensho, Kitazono sont les mieux placés pour la course à la promotion.
Sakumayama continue de tout défoncer sur son passage.
En sandanme, les trois finalistes sont Isshinryu, Kotokawazu et Kenho. Le premier cité risque fort d’avoir du mal contre l’un ou l’autre des deux derniers, qui dans des styles radicalement opposés sont deux lutteurs solides pour leur niveau d’expérience.
En jonidan, Oruri est à 6-0 en compagnie de Sumanoumi, qui a battu son do-beya, et de Daishoko. Les deux derniers devraient s’affronter tandis qu’Oruri devrait être opposé à Kenho, un joli choc en perspective.
Statu quo en jonokuchi où tout dépend de Goshi, qui affrontera Kato demain. En cas de défaite, un gros regroupement est possible.


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