• Hatsu basho 2012: 9ème journėe (kokonoka-me)

    Statu-quo (presque) parfait

    Pas de gros bouleversement en cette neuvième journée du Haru basho 2012. Les sekitori en tête pour la conquête du makuuchi yusho ont, à l’exception d’un seul, tous remporté leur combat, de manière convaincante pour l’essentiel.
    Ce n’est pas Toyonoshima qui peut impressionner Hakuho aujourd’hui. Auteur d’un atari fulgurant et bien soucieux de placer ses bras en position basse en dessous des aisselles de son adversaire (chose peu aisée au regard du gabarit du Minipouss’), Hakuho convertit cet avantage qui lui permet de dénier toute prise de mawashi à Toyonoshima, lutteur habile en yotsu, et de l’achever en le poussant d’un bras. Hakuho, qui après seulement 27 basho comme yokozuna sera en mars vraisemblablement parmi les vingt lutteurs les plus prolifiques de l’histoire de la makuuchi en termes de victoires, est plus que jamais l’homme à battre en ce début d’année. Kakuryu, qui n’a jamais accompli cet exploit en vingt confrontations, ne doit pas en mener large à la veille de l’affronter.


    Que dire ?...


    Toutefois, et ce n’est pas si fréquent, la deuxième semaine est entamée avec un adversaire clair et net qui ne le quitte pas d’une semelle. L’ozeki Baruto semble avoir mangé du lion en ce début de tournoi, tant son regard inspire une hargne et une volonté de gagner qu’on ne connaissait pas à celui que beaucoup considèrent comme un ozeki « trop gentil », un genre d’Onokuni, en quelque sorte. En dépit d’un tachiai manquant encore de fulgurance même si une amélioration est perceptible, la poursuite de son combat contre Takayasu, qui teste les gros, est à sens unique tant ses tsuki sont puissants et précis. Dans un style qui n’est pas sans rappeler Akebono des grandes heures, Baruto remporte encore une fois sans trembler son combat et pose ses prétentions. Toyonoshima devra faire assaut de subtilité demain s’il veut avoir une chance.


    L’œil du Tigre.


    Derrière le duo de tête, il n’y a plus qu’un seul homme qui poursuit la chasse. Kisenosato se montre tout simplement trop puissant face à Homasho, dont le sumo franc est trop prévisible pour le shin-ozeki. D’ores et déjà une performance notable pour le shin-ozeki, le premier basho à ce grade étant réputé difficile.


    Kisenosato n’a pas abdiqué.


    Kotooshu quitte l’avant-scène en concédant un revers dans ce qui est le premier affrontement entre ozeki du basho. Puissant comme depuis le début du tournoi, l’ozeki bulgare oublie simplement qu’il a en face de lui un ozeki de l’Isegahama-beya, c’est à dire un spécialiste des subtiles déviations de trajectoire. Harumafuji fait le petit pas de côté qui lui permet de faire glisser sur sa droite l’ozeki bulgare emporté par son élan. Le Mongol n’a plus qu’à aider son camarade à rejoindre les rangs des spectateurs pour se rapprocher un peu plus du kachi-


    Kotooshu pris au piège.


    Accompagnent les deux ozeki précédemment cités au rang des lutteurs proches du kachi-koshi les hiramaku Tochiozan, Chiyonokuni et Tenkaiho. Tochiozan absorbe sans peine les efforts de Myogiryu pourtant en bonne forme, avant de constater la position trop avancée de son adversaire et de lui appuyer sur la nuque pour l’emmener au sol. Victoire sur katasukachi. Une poussée, un tirage, Tenkaiho ne fait pas même parler la force pour vaincre Passepartout/Sagatsukasa. Combat superbe de Chiyonokuni qui subit les tsuppari de Takanoyama, qui enchaîne par deux fois sur des tentatives de kotenage pour le déstabiliser avant de tenter un crochetage audacieux, que Chiyonokuni contre d’un magnifique kirikaeshi. Un combat à revoir.





    Takanoyama aura tout tenté.


    A l’inverse de Takanoyama, Kakuryu réussit, lui, le kotenage du premier coup, après avoir reculé sous l’impact de Takekaze mais en saisissant dans le mouvement le bras de celui-ci pour imprimer le mouvement de torsion fatal. Il est accompagné à six victoires par cinq autres lutteurs. Asasekiryu rétrograde en concédant un revers logique au final face à Sadanofuji qui évite consciencieusement de laisser son mawashi à son adversaire très dangereux techniquement, et finit par passer sa puissance plus importante. A quelques mois d’un probable intai pour cause de reprise de heya, Kyokutenho est toujours aussi dangereux dans le haut du banzuke, tant qu’il n’est pas dans les rangs joi-jin (et encore, il est capable d’en surprendre plus d’un même à ce niveau). Daido en faire l’amère expérience en concédant une prise intérieure au Mongol, que celui-ci convertit en un shitatenage rageur. L’ancien a encore de beaux restes. Tochinoshin n’est clairement pas à sa place dans le ventre mou du banzuke, et ce ne sont pas les défaites surprenantes du début de basho qui démentent cette impression. Le Géorgien encaisse crânement la puissance invraisemblable de Toyohibiki qu’il laisse consciencieusement s’épuiser avant de l’achever sur une série de gaburi-yori réminiscents de ceux de Kotoshogiku (quoique bien plus lents). Aran a beau être (très) costaud, le morozachi qu’il concède d’entrée à Tokitenku est rédhibitoire, malgré la « pince de crabe » qu’il tente d’imposer à Tokitenku. Ce dernier se permet même de tenter le tsuridashi, une manœuvre difficile sur le gabarit du Russe mais qui permet au Mongol de déstabiliser celui-ci pour l’achever en orikiri et conquérir une sixième victoire. Le combat entre beaux bébés de l’Est tourne à l’avantage du Géorgien SPL Gagamaru, qui en ligne ne craint pas beaucoup de lutteurs sur le plan de la puissance.

    Mal embarqué dans ce basho, Kotoshogiku n’a aujourd’hui d’autre choix que gagner. Ce qu’il fait sans trop de peine face à Kitataiki qui paie cher son voyage chez les joi-jin, et concède trop facilement une prise de mawashi. Les gaburi ne parvenant pas à débloquer la situation, Kotoshogiku inverse la trajectoire et amène son adversaire au sol.

    Miyabiyama a depuis longtemps perdu son triple A, mais sa note déjà bien dégradée va encore s’enfoncer, en dépit de l’accalmie de Kyushu. Battu sur son propre terrain des tsuppari/tirages par Wakakoyu, l’ex-ozeki se rapproche d’un make-koshi logique. Okinoumi peut être heureux de sa victoire sur Aminishiki, le vétéran ayant mené les débats et conclu sur un crochetage arrière, mais le gyoji (et les shimpan, après mono-ii) confirment que la jambe de l’ancien a touché terre avant. Superbe combat au mawashi entre Goeido et Tochinowaka. Goeido, qui a pris lourd en début de basho, sort vainqueur du bras de fer en réussissant son shitatenage (bien aidé par un verrou de la jambe) à sa deuxième tentative. Yoshikaze n’a pas à sortir l’artillerie lourde des tsuppari puisqu’il annihile celui-ci sur un puissant yori, après un assaut frontal qui submerge Shohozan. Kaisei est-il devenu trop lourd pour son style de sumo ? Je n’ai pas la réponse, mais le Brésilien semble en tous les cas à des années-lumière de l’homme qu’il était il y a quelques basho. Son apathie vaut à Fujiazuma une victoire tranquille, et le met en danger de retour en juryo. Auteur de l’atari le plus vif, Kyokushuho convertit cet avantage par une double prise de mawashi qui lui permet de mener les débats et de conclure en dépit de la résistance offerte par la grande carcasse de Yoshiazuma. Combat mené de bout en bout en oshizumo par Nionoumi face à Tosayutaka qui décidément montre bien ses limites en bas de makuuchi.


    Surprise en juryo où ce n’est plus un leader unique qui mène les débats, mais un duo. En effet, on a aujourd’hui un de chute pour Chiyotairyu, qui se voit planté par une grosse henka de Kimikaze. Le champion universitaire se voit rejoindre en tête par la surprise de ce basho, Amuru. Nouvelle démonstration du Russe, qui domine en puissance Asahisho avant de l’attirer au sol en profitant de la position trop avant de son adversaire, décrochant ainsi son kachi-koshi. Nul doute qu’Amuru doit désormais nourrir des ambitions plus solides.

    Les deux rikishi sont suivis de près par un trio, composé du bourreau et de la victime du jour, Kimikaze et Asahisho, ainsi que du J12 Sotairyu, auteur pour l’heure de sa meilleure performance chez les salariés. C’est à l’issue d’une furieuse lutte de tsuppari qu’il sort vainqueur, en dépit du poids concédé à Kotoyuki.

    Un peu plus loin suivant quatre hommes à six victoires aujourd’hui. Outre Kotoyuki, on retrouve Shotenro, Takamisakari et Tamawashi. Poussée frontale massive de Tamawashi, proche d’assurer son retour en makuuchi. Shotenro, qui n’aura pas eu l’ombre d’une chance, quitte les avant-postes et doit se reconcentrer pour assurer son propre retour. Joli combat de Takamisakari qui encaisse une charge puissante de Takarafuji avant de le contrer en plaçant ses bras très haut pour décrocher un succès d’espoir de retour.


    Vers un retour en makuuchi ?


    Jamais à l’initiative, Kimurayama subit tout son combat en tsuppari et sort sur une dernière poussée de Hochiyama. Wakanosato prend d’emblée Tokushoryu très haut sous les aisselles, rendant toute résistance de son adversaire impossible. Combat plein de maîtrise d’Ikioi qui décroche une prise à une main sur le mawashi de Tochinonada et imprime beaucoup de mouvement, ce qui lui permet au final de contourner son adversaire sur une tentative de dégagement de celui-ci et de la sortir facilement. Dépassé par la vivacité de Masunoyama, étonnante au vu du poids et du basho médiocre de celui-ci, Oiwato cède rapidement. Grosse henka de Kokkai, aux abois ces derniers basho, et qui inflige un make-koshi renvoyant Homarefuji en makushita. Lutte de pas fins entre Tsurugidake et Hokutokuni, ce dernier se révélant au final plus placé dans ses frappes et mieux équilibré. Défaite sans appel de Tokushinho, dominé par Bushuyama tant en oshi au début du combat qu’en yori pour conclure. Kitaharima tente de mettre le feu au combat et de le rendre brouillon, mais Tamaasuka fait parler l’expérience face à son frêle adversaire et mate avec calme les attaques variées de son adversaire. Masuraumi, dominé par Shironoryu, semble voué à plonger avec lui.


    Akinowaka détourne la poussée de Daishoiwa pour projeter son adversaire de belle manière. Le léger et musculeux Kumagai renverse une situation mal engagée pour décrocher son cinquième succès. Solide sur ses appuis et en poussée constante, Tatsu décroche une victoire de prestige face au grand espoir Sasakiyama. Il y a décidément quelque chose en plus chez Sakumayama. Opposé à un vrai gros test en la présence de l’espoir de la Kokonoe-beya Chiyoo, le wunderkind de la Kitanoumi subit une solide tentative de tsuri mais Chiyoo doit le reposer à terre, ce dont profite Sakumayama pour placer un contre fulgurant et planter une projection magistrale.



    Du grand art pour celui qui est désormais ex æquo l’auteur de la plus prolifique série d’invincibilité depuis ses débuts dans l’Ozumo. Au vu de la situation chez les makushita-joi et des rétrogradations éventuelles, il serait désormais surprenant que Sakumayama ne soit promu en juryo, s’il venait à effectuer un zensho-yusho.

    Sakumayama dévore tout sur son passage.


    Arawashi conserve l’espoir de revenir chez les juryo en plombant sérieusement ceux d’Akiseyama. Peut-être démobilisé ou troublé par sa quasi-certaine promotion, Chiyootori se fait surprendre par Hakiai qui fera un beau rapproché à tout le moins. On souhaite plus de chance à Hakiai que lors de son arrivée dans le sumo professionnel.

    Dans un combat de lutteurs tout frais émoulus (de mai dernier), Kenho fait parler la poudre de ses 210 kilos et sort en force Hakuyozan, qu’on verra tout de fois rapidement en makushita. Le revenant Sakaguchi, favori de son combat, tombe dans la demi-henka servie par Toyononami, qui acquiert une position favorable qu’il exploite à fond pour sortir son adversaire. Les sandanme sont plus ouverts que jamais. Lourd et solide, Akatsuki mène la danse face aux assauts infructueux de Tomisakae qu’il finit en projection. Talent futur de la Sadogatake, Kotokawazu, dont le poids très léger pourrait être un frein, montre tout son talent technique face à Daikamifusa qu’il fait tournoyer avant de l’achever. Repoussé par Ryusei, Isshinryu contre son adversaire qu’il tombe violemment. Le petit Haruhikari sort, en oshi s’il vous plait, les 200 kilos de Komanokuni. Sasanoyama décroche sans trembler son kachi-koshi.

    Oruri, pour son deuxième basho de retour, confirme lui son statut de favori et poursuit sa course en tête. Ses adversaires potentiels ne semblent pas faire le poids, à tous les sens du terme.

    En jonokuchi, Goshi prend seul la tête du yusho en se débarrassant d’Isenohana, pourtant un lutteur de niveau makushita. Le shindeshi est décidément prometteur.