• Hatsu basho 2012 : 7ème journée (Nanoka-me)

    Baruto se pose en seul rival du yokozuna

    L’écrémage se poursuit au Kokugikan qui, débarrassé du dernier yusho-gaku (portrait de vainqueur) japonais, semble à nouveau devoir assister à la victoire d’un gaijin, un peu moins de trente ans après le succès fondateur de Takamiyama. Hier encore, trois étrangers se partageaient la tête du tournoi et demeuraient invaincus. Ils ne sont aujourd’hui plus que deux. Dans le combat phare de la journée, Baruto montre qu’il est non seulement en forme mais aussi très motivé, en prenant d’entrée à la gorge Kakuryu qu’il expulse rageusement après lui avoir pris le mawashi de la main droite. A défaut d’être placée, la poussée et le mouvement sont continus, et Kakuryu ne peux esquisser aucune parade défensive. L’Estonien impressionne aujourd’hui et se pose en rival éventuel pour le titre. Hakuho devra le conserver dans le coin de l’œil.


    Bartuto conquérant.


    Le yokozuna connaît lui encore une journée tranquille, Kitataiki ne pesant pas lourd face au Mongol, trop puissant et rapide. L’expulsion est éclair, le dai-yokozuna peut repartir l’esprit léger. Ayant concédé trois défaites il y a trois basho, deux il y a quatre mois et une à Kyushu, on devine sans peine au vu de sa démonstration quel est son objectif pour ce premier basho de 2012…


    Hakuho, tranquille en force…


    C’est donc Kotooshu qui concède aujourd’hui son premier revers. Kotooshu doit toujours être blessé à une articulation, car ce lutteur naturel de yotsu-zumo (ancien champion de lutte en junior) s’en remet toujours autant à des tsuppari pour éloigner son adversaire autant que faire se peut et éviter la confrontation au contact. Problème, la pratique du tsuppari intensif est un style très spécifique et à haut risque. Le Bulgare le paie en ratant sa cible une fois face à Homasho (qui s’aide bien en repoussant le bras de son adversaire), qui ne se fait pas prier pour remporter une ginboshi bienvenue pour lui. Kotooshu reste en embuscade mais son physique ne lui permettra sans doute pas de venir influencer la lutte pour le yusho.


    N’est pas Chiyotaikai qui veut.


    Homasho tout sourire.


    Kotooshu se voit rejoint à six victoires par son vieux compère/ennemi Kisenosato, qui connaît un combat croupion en se décalant légèrement après l’atari, pour laisser Wakakoyu s’écrouler tout seul sur l’argile. Kisenosato reste à portée de tir.

    Derrière le quartette précédemment cité, on retrouve un gros peloton de huit lutteurs (parmi lesquels encore cinq étrangers) : Harumafuji, Kakuryu, Tochiozan, Tochinoshin, Gagamaru, Chiyonokuni, Tenkaiho et Asasekiryu. (Mauvaise) surprise pour l’ozeki Harumafuji qui concède d’emblée une prise solide de mawashi à Goeido, pourtant pas au mieux, que le Japonais convertit malgré la très bonne prise également du Mongol en une belle projection. Harumafuji quitte les premiers rangs et devra se contenter d’aller chercher son kachi-koshi (s’il peut l’agrémenter d’une victoire de prestige sur qui on sait, ne doutons pas qu’il n’hésitera pas). En passant sous la garde de Toyohibiki très rapidement, Tochiozan assure l’essentiel, mais doit attendre pour achever son adversaire auteur d’une splendide et farouche résistance en dépit de ses bras surélevés. Tochiozan profite au final de l’épuisement total de Toyohibiki pour l’achever sur sukuinage. Double prise main droite entre Tochinoshin et Yoshiazuma, mais le Géorgien semble enfin se retrouver dans ce basho et montre une puissance impressionnante pour projeter le grand gabarit de son adversaire. Tochinoshin est de retour et le kachi-koshi devrait être au bout. Gagamaru finit par l’emporter contre Sagatsukasa, mais on ne peut pas dire que Passetemps lui aura facilité la tâche, tant il est difficile à atteindre de par sa mobilité et qu’il est plusieurs fois en limite de mettre le Géorgien en grosses difficultés. Ce dernier se reprend et récupère suffisamment d’appuis pour résister et lorsque sa poussée est enfin ajustée, un seul mouvement suffit à faire reculer le sekitori de poche au delà de la tawara. Yorikiri net pour Asasekiryu qui fait la leçon en puissance à Chiyonokuni, le jeune impertinent ne résistant pas bien longtemps. Asasekiryu n’est pas (encore) à sa place dans cette région du banzuke. Kaisei, apparu bien mou depuis le début du basho, fait montre face à Tenkaiho d’un sumo volontaire et résolu, bien stable sur ses appuis pour contrer les tentatives de crochetage de son adversaire. Un mono-ii convoqué confirme toutefois la victoire du Brésilien, qui était limite de sortir un pied en expulsant Tenkaiho.

    Premier test grandeur nature pour le jeune Takayasu, opposé à Kotoshogiku toutefois pas au mieux en ce mois de janvier. L’ozeki montre cela dit le chemin qu’il reste à parcourir au jeune nippo-philippin avant de s’imposer chez les grands. Le différentiel de puissance est net, en oshi (pas fréquent pour Giku) et avec une poussée finale inutile (encore plus rare). Bebelita Takayasu, sa maman chérie, connaîtra encore plus d’émotions demain où son fils affrontera le monstre mongol Hakuho.


    Takayasu à l’apprentissage.


    Première victoire du basho pour Miyabiyama qui, sans montrer la puissance qui fit de lui un ozeki, est précis et bien en place, le sekiwake ne parvenant jamais à en prendre la mesure et finissant par céder sur une énième poussée.


    Enfin...


    Takekaze peut nourrir des regrets sur son combat au vu des rares erreurs commises par Aminishiki qui manque par deux fois sa cible, lui prêtant le flanc. Takekaze ne peut en profiter et cède face à aux assauts puissants de son adversaire. Okinoumi décroche une belle prise de mawashi mais semble dépassé, sur ce combat comme sur le basho, en puissance. Victoire nette de Tochinowaka qui passe en positif à l’abord de joi-jin.

    Le matta calculé de Shohozan n’y fait rien, Myogiryu reste concentré et délivre un atari puissant suivi par des poussées bien ajustées qui renvoient Shohozan hors du dohyo. Myogiryu poursuit sa progression et peut envisager les rangs joi-jin au Haru au vu de sa forme. Aran veut jouer au plus fin face à Yoshikaze, acceptant voire recherchant le combat sur le terrain tsupparesque de son adversaire. Il s’en tire plutôt bien sans toutefois le mettre en danger, mais finit par commettre une faute de quart qui lui fait toucher le sol légèrement de la main, le laissant frustré. Il aurait cela dit été plus inspiré de tenter une autre stratégie face à un adversaire jamais aussi à l’aise que dans un combat « brouillon ». Aoiyama fait plus pitié qu’envie sur ce basho. Il tente de sortir le vétéran Kyokutenho en force, mais sa charge est si désordonnée que le Mongol n’a quasiment qu’à le regarder s’effondrer tout seul. Aoiyama aura du boulot fin janvier pour retrouver ce qui lui a valu un sansho en novembre. Daido est en difficultés et en manque de jus sur ce basho, mais il trouve enfin la clé face à un adversaire qui lui réussit plutôt bien, exploitant le trop d’empressement d’en finir de Sadanofuji pour le laisser sortir quasi tout seul. Tokitenku est longtemps gêné par les nodowa violents de Fujiazuma, mais l’un d’entre eux finit par manquer la cible, et Fujiazuma, entraîné par son mouvement, tourne alors au maître des kake. Okuridashi imparable. Tosayutaka, en difficultés sur le tournoi, retrouve des jambes et de la puissance pour submerger totalement Kyokushuho qui n’a pas un quart de seconde pour réfléchir. Nionoumi doit méditer cet adage : ne jamais manquer la cible face à Takanoyama. Le Tchèque, roublard et rapide comme l’éclair, se retrouve vite dans le dos de son adversaire qu’il achève d’un oshidashi final.

    En juryo, un seul homme reste en tête, suivi comme son ombre par deux autres sekitori. Chioyotairyu continue de caracoler en tête de la division, ce qui doit faire bisquer Kokonoe oyakata de voir que les deux meilleurs lutteurs qu’il a produit sont des praticiens d’oshi-zumo. Victoire de son élève avec deux poussées et un tirage. Efficace, à défaut d’être spectaculaire ou brillant. Amuru est décidément bluffant pour son premier basho en juryo, et le parallèle avec Takanoyama est vraiment de mise, même si le Russe d’Orient est plus solide physiquement. Victoire en yori nette face à Bushuyama, pourtant pas le plus frêle des adversaires. En contrôle de bout en bout d’un combat de poussées, Asahisho conclut sur une projection en shitatenage. Laurel et Hardy sont donc à la poursuite, bien décidés à faire valoir leurs chances.

    Derrière encore, on retrouve un peloton de six lutteurs. Très beau combat d’Ikioi face au solide Takarafuji, le plus jeune sekitori encaissant la charge puissante après l’atari pour contrer en shitatenage. Takarafuji abandonne la poursuite, tout comme Sotairyu. Une poussée et un tirage permettent à Kimikaze de sortir Sotairyu de la course au yusho. Takarafuji et Sotairyu sont en compagnie de trois compères, outre Kimikaze. Charge de mule et poussée frénétique sur un morozachi : Shotenro, de retour en forme, ne laisse pas l’ombre d’une chance à Hochiyama, proprement exécuté. Kokkai, bien mal en point, se voit battu sur son propre terrain : une poussée suivie d’un tirage permettent à Kotoyuki, pas encore 21 ans, de remporter un cinquième succès. Takamisakari, motivé, manque de précision dans ses assauts, mais Masuraumi, trop pataud, est incapable d’en profiter et finit victime d’un okuridashi. Robocop peut toujours espérer revenir vite en makuuchi.

    Kitaharima, plus mobile que Homarefuji, ballade son adversaire dans un combat bien maîtrisé. Dans un combat de lutteurs à la dérive, Oiwato plonge Shironoryu dans une situation désespérée. Tochinonada tente une semi-henka en subtilité mais Tokushinho ne s’en laisse pas conter et sort le vétéran, bien mal en point physiquement, en puissance. Lutte de nodowa entre Tamaasuka et Kimurayama, le premier n’étant pas gêné par la poussée du second et envoyant des attaques qui finissent par arriver à bout de la résistance de son adversaire. Wakanosato ne pèse pas lourd face au gros Masunoyama, insensible à son assaut et qui le repousse sans mal et sans rémission. Tamawashi provoque l’une des rares surprises du jour en juryo en assurant un placement plus clairvoyant que Tamawashi, battu sur tsukiotoshi.